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François-Xavier Fabre, dans la lumière parisienne

Le 11 avril 2019, par Carole Blumenfeld

«Génération en Révolution. Dessins français du musée Fabre, 1770-1815», musée Cognacq-Jay, 8, rue Elzévir, Paris IIIe, tél. : 01 40 27 07 21, www.museecognacqjay.paris.fr - Jusqu’au 14 juillet 2019

François-Xavier Fabre, dans la lumière parisienne

François-Xavier Fabre (1766-1837), Personnage nu saisissant un cube de pierre, 1787-1792, dessin au crayon noir avec rehauts de blanc sur papier, 58 44 cm.

Les Progrès de l’amour dans le cœur d’une jeune fille de Jean-Honoré Fragonard, partie intégrante de la légende du peintre, sont célébrissimes. Lorsque la comtesse du Barry reçoit les quatre premiers grands panneaux réalisés à sa demande aujourd’hui conservés à la Frick Collection à New York , elle trouve qu’ils sont passés de mode et se tourne vers Joseph-Marie Vien pour décorer son pavillon de musique de Louveciennes. Cent fois les œuvres de ce dernier furent reproduites comme preuve du manque de discernement de la maîtresse royale. Aujourd’hui dispersée entre le Louvre et la préfecture de Chambéry, la série de Vien est peu aimée, comme s’il n’était pas pardonné à l’artiste d’avoir remplacé Fragonard. La présentation, au musée Cognacq-Jay, de sa seule étude préparatoire connue, Deux Jeunes Grecques faisant serment de ne jamais aimer, devrait permettre de nous réconcilier avec lui. Ici, la sensibilité du sujet, l’attention portée à l’échange entre les jeunes filles et, surtout, la présence de Saturne, qui semble approuver leur décision, est à mille lieues de l’image d’un peintre froid et victorieux ayant imposé son approche néoclassique. À deux pas de La Gifle de Fragonard  un lavis éblouissant , le visiteur aura à cœur de découvrir, dans un état de conservation exceptionnel, L’Amour et une fillette jouant avec un chat de Pierre Paul Prud’hon, Raphaël peignant d’Anne Louis Girodet ou Le Déluge de Jean-Baptiste Regnault. Mais pas seulement : le musée Fabre a prêté à l’institution parisienne un ensemble de paysages, d’une très grande poésie, réalisés par des artistes montpelliérains en tête desquels François-Xavier Fabre, mais aussi Nicolas-Didier Boguet, Jérôme-René Demoulin, Jacques Moulinier ou encore Antoine-Laurent Castellan. Impossible de rester de marbre face à l’Étude de nuages de ce dernier : une application à la lettre du traité de Pierre-Henri de Valenciennes, qui encourageait les artistes à étudier rapidement, sur le motif, les variations de la lumière. Tout à la fois élève de celui-ci et intime de François-Xavier Fabre, Castellan est une découverte.
La poésie du paysage 
Je suis ravi de mettre en avant le fonds néoclassique du musée, lié à son ADN même, explique Michel Hilaire, directeur de l’établissement montpelliérain. Mais j’insiste aussi sur l’importance de l’activité de paysagiste de Fabre. À Cognacq-Jay, nous présentons certes ses grands sujets d’histoire davidiens, poussinesques même, mais montrer ces vues aux côtés de toute cette génération d’artistes dont il était proche est une belle manière de rendre justice à l’aura qui a été la sienne. Dans l’historiographie traditionnelle, Fabre est toujours un peu marginalisé par rapport à David ou à Antoine-Jean Gros, puisqu’il a fait le choix de rester en Toscane. Or, il est évident qu’il fut le grand peintre néoclassique du paysage.» Le directeur du musée Fabre, dont la politique d’acquisition est particulièrement ambitieuse, rappelle aussi que si les achats de peintures de celui-ci sont bien connus, le cabinet des dessins n’est pas en reste. De nouvelles pièces viennent ainsi enrichir chaque année le fonds, célèbre pour ses Raphaël, Poussin, Le Brun, David et Delacroix. Trois des feuilles présentées à Paris sont d’ailleurs de récentes entrées au catalogue : le Bélisaire et Le Martyre de sainte Agnès, tous deux de Fabre, mais aussi et surtout l’Autoportrait de Prud’hon.

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