Feuilles de printemps

Le 03 avril 2019, par Pierre Naquin

À Paris, ce sont les foires de dessins qui bourgeonnent ! Aux contours désormais bien délimités, les trois représentants tenaient salon la semaine dernière.

Salon du dessin, édition 2019.
PHOTO TANGUY DE MONTESSON


Alors que l’actualité sociale n’incitait pas nécessairement à l’optimisme pour les marchands d’art, la plupart des exposants du Salon du dessin, Drawing Now et DDessin abordaient ces foires avec enthousiasme. «Nous voulions faire plaisir et nous faire plaisir, déclare ainsi Hervé Loevenbruck sur Drawing Now. La crise des gilets jaunes a eu un fort impact sur la fréquentation des galeries. Ce premier salon de l’année devait nous réconcilier avec le public.» La solution : transformer son stand en bar ! Sur le Salon du dessin, Nathalie Motte Masselink était rassurée : «Je pensais que les clients auraient peur de venir. En fait, ils sont tous arrivés pendant le week-end… comme d’habitude.» Les visiteurs se bousculaient le mardi du vernissage sur le Salon du dessin au palais Brongniart… au point que certains marchands souhaiteraient «qu’il y ait moins de visiteurs pour l’ouverture». «Il faudrait réduire le nombre d’invités ou établir plusieurs horaires», estime ainsi Anisabelle Berès. Un «problème» que beaucoup d’événements aimeraient rencontrer. Éric Coatalem, qui partage ce constat, regrettait surtout la présence, cette année plus parcellaire, des visiteurs étrangers. Il cédait pourtant «une dizaine d’œuvres». À l’opposé, la galerie Berès vendait une aquarelle d’Albert Gleizes et un grand format de Mark Tobey, «tous deux à des acheteurs étrangers». Tous saluaient, cette année encore, l’exceptionnelle qualité des stands. Contrairement aux années précédentes, personne pour s’émouvoir de la place prise par le moderne et le contemporain. «J’aime l’éclectisme du salon. Il y en a vraiment pour tous les goûts. L’art contemporain est notamment de très belle facture. Les créateurs contemporains sont obligés d’avoir une vraie qualitée d’exécution ; dans le cas contraire, leurs œuvres ne supporteraient pas la comparaison avec les artistes anciens», ajoute Nathalie Motte Masselink. Celle-ci vendait un petit paysage de Delacroix au musée de Hambourg (20 000 €), ainsi qu’un portrait grandeur nature de femme par Jean-Augustin Massavy d’Armancourt, spécialiste XVIIIe… des miniatures. «Une vraie curiosité» selon la galeriste. Le prix de dessin de la Fondation d’art contemporain Daniel et Florence Guerlain était attribué le jeudi midi à l’Irlandaise Claire Morgan (représentée par la galerie Karsten Greve). Les deux autres finalistes étaient le Parisien Jérôme Zonder (galerie Eva Hober) et l’Allemand Friedrich Kunath (galerie VNH). Ce dernier fait l’objet d’une exposition dans sa galerie jusqu’à la fin du mois et était présenté dans le cadre de Drawing Now. «Nous sommes très heureux qu’il ait été sélectionné pour le prix des Guerlain. Être exposé dans l’écrin du Salon du dessin est un vrai plus», affirme la directrice de la galerie, Victoire de Pourtalès.
Un public réceptif
Pour ce qui est de Drawing Now, elle se montre aussi très positive : «Ici, les ougens prennent le temps d’apprécier les œuvres, de poser des questions. C’est agréable.» Même remarque pour les spécialistes de la bande dessinée, Huberty & Breyne, qui présentaient un trio d’illustratrices. «C’est un plaisir de constater à quel point le public comprend notre démarche et la cohérence du travail de ces trois dessinatrices». Ils vendaient deux autoportraits au fusain et pastel de Claire Bretécher, proposés à 7 000 et 3 500 €, à un collectionneur autrichien ainsi que plusieurs dessins d’Aude Picault (600/700 €). La galerie Jean Fournier cédait «une bonne dizaine de pièces entre 1 000 et 9 000 € à de nouveaux contacts et aussi à nos collectionneurs, pour qui la foire est devenue un rendez vous incontournable». Le Britannique Patrick Heide voit plutôt le potentiel que lui apporte l’événement : «nous avons huit pages de nouveaux clients intéressés dans notre livre d’or. J’espère qu’il y aura moins d’hésitation et plus d’enthousiasme dans les ventes pour les prochaines éditions.»
Peu d’acheteurs étrangers
La galerie Sator cédait de nombreuses œuvres sur papier de Nazanin Pouyandeh  nommée au prix Drawing Now entre 3 000 et 10 000 € ainsi que d’autres d’Éric Manigaud et Sylvain Ciavaldini, proposées à partir de 2 000 € ; Vincent Sator soulignant «la qualité et le nombre d’échanges». «Nous avons vendu chaque jour», s’enthousiasme Anne Barrault. Elle plaçait des dessins de Marie Losier, qu’elle présentait pour la première fois, à 3 000 €, de plusieurs autres de Jochen Gerner autour de 1 500 € ainsi que des pastels de Guillaume Pinard pour 3 500 €. Comme beaucoup, elle regrette néanmoins les collectionneurs étrangers. «C’est un salon très européen, majoritairement français», souligne ainsi Catherine Issert, «la foire gagnerait à faire venir plus d’exposants internationaux.» Elle se dit néanmoins très satisfaite de son focus sur Jean-Michel Alberola, qui  en plus de son stand  se retrouvait accroché dans le salon VIP. Hervé Loevenbruck se dit ravi : cette édition était «l’une de nos plus belles foires en dix-huit ans. C’était au-delà de nos espérances les plus folles». Ce sont ainsi quinze dessins de Philippe Vuillemin (1 000 à 3 000 €), cinq d’Arnaud Labelle-Rojoux (3 500 à 7 500 €) et plusieurs de Philippe Mayaux (2 500 € pièce) qui trouvaient preneurs. Même sourire chez Benoît Porcher (Semiose), qui décrochait sa «meilleure édition» de Drawing Now. Il vendait la quasi totalité des œuvres d’Hippolyte Hentgen (de 1 500 à 2 200 €) ainsi que plusieurs œuvres pour chacun des artistes présentés (de 500 à 21 000 €). DDessin, le petit dernier, à l’atelier Richelieu, à deux pas de Drouot, offrait comme chaque année, un accrochage plus intime dans un cadre très lumineux et une ambiance décontractée. «Il n’y a pas de cloisonnement entre les galeries, et cette atmosphère détendue se ressent dans les échanges avec les visiteurs», nous confie Bernard Utudjian (galerie Polaris). Il vendait deux pièces de Marcos Carrasquer (exposé actuellement à la galerie municipale d’Arcueil) «à deux nouveaux collectionneurs de province». «Le vernissage était particulièrement intéressant avec de “vrais” clients», ajoute François Vertadier (Polysémie). «Nous avons vendu une vingtaine de dessins.
Le retour sur investissement est excellent 
!» La galerie Art Gamma, qui bénéficiait d’une salle entière, vendait plus d’une dizaine d’œuvres, de 490 à 3 500 €. «J’adore la foire. J’aimerais qu’elle puisse démarrer un peu plus tôt dans cette “semaine du dessin”…», lance Georges Franck, son directeur. Beaucoup auraient apprécié davantage de passerelles avec Drawing Now, comme Ségolène Brossette : «J’aimerais que le public du Carreau du Temple vienne plus naturellement et qu’il y ait plus de synergies entre les deux salons.» Elle avoue avoir fait «plus de touches que de ventes concrètes. Les collectionneurs ont besoin de réfléchir»… Même constat pour Véronique de Lavenne (Moving Art), qui vendait trois pièces d’Anne-Sophie Viallon entre 700 et 800 €. «Certaines ventes peuvent se concrétiser après le salon.» La parisienne Antonine Catzéflis cédait trois pièces de son solo show de Yoann Estevenin : Les Carnivores (1 400 €), True Love (900 €) et Une bête sensuelle (1 400 €). «Une meilleure communication et une plus grande visibilité» seraient bienvenues, selon Sitor Senghor de la galerie (S)ITOR, qui précise : «D’autant que les propositions sont aussi bonnes que sur Drawing Now.» Il vendait plusieurs dessins de Guillaume Bollier à 1 750 € ainsi que des livres uniques de Lucas Weinachter entre 1 300 € et 3 000 €.

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