Fantastique bestiaire d’Aloys Zötl

Le 12 mars 2019, par Anne Foster

Le 19 décembre 1955, un amateur assidu de l’Hôtel Drouot vient acquérir trois dessins à sujet animalier. André Breton, séduit par ces aquarelles qualifiées de «curieuses» par la Gazette de l’époque, rédigera la préface de la vente de 1956.

Aloys Zötl (1803-1887), Der Grösse Pavian. Simia sphinx, 1836, aquarelle et encre, 39 48 cm.
Estimation : 60 000/80 000 €

La première vente fit découvrir un artiste inconnu, originaire de Haute-Autriche et maître teinturier de son état, Aloys Zötl  (1803-1887). Issu d’une famille d’artisans aisés, il ne voyagea jamais, absorbant les récits de son frère, Josef, qui avait vu des cabinets de curiosités en Angleterre et en Allemagne. Ils durent enflammer son imagination, entretenue par sa bibliothèque, toujours conservée à Eferding, où il s’était installé comme teinturier après son mariage. Rendant compte de cette dispersion de cent cinquante feuilles, la Gazette saluait «des enchères vivement enlevées pour des animaux qui semblent enfermés dans une profonde tristesse et qui exercent une étrange fascination.» À regarder ce grand babouin, il semble qu’il soit assez fier de poser, regardant droit devant lui de ses yeux tout ronds, fièrement dressé sur ses pattes, aux longs doigts, élégamment disposées sur un rocher. Son pelage est reproduit avec minutie, pratiquement poil par poil… Zötl avait un grand souci de vérité scientifique, tirant souvent ses noms et descriptions d’ouvrages de Linné et d’Audebert. Ou peut-être pour ce dessin, selon l’annotation manuscrite de l’artiste, de la planche 12 de Saugthiere (Anatomie der Saugthiere ou «Anatomie des mammellifères»), ouvrage cité dans le «supplément à l’Histoire anatomique des singes» par Félix Vicq-d’Azyr en 1792. Elle peut aussi correspondre à son propre classement planche 12 de son chapitre sur les mammifères. Pendant cinquante ans (de 1831 à deux semaines avant son décès, en 1887), Zötl composera son bestiaire, nous laissant à sa mort trois cent vingt aquarelles. Il les légende en allemand et en latin, les signe et les date du jour où l’œuvre est considérée comme terminée. L’artiste cherche à magnifier chaque sujet, d’une hyène à un boa constrictor, le situant dans un paysage exotique fantasmé, qui n’est pas sans évoquer, selon André Breton, les jungles du Douanier Rousseau. «Tout se passe comme si, l’œil rompu professionnellement à une très subtile sélection des couleurs et de leurs tons, écrit-il dans la préface de la vente de mai 1956, Zötl était entré en possession d’un prisme mental fonctionnant comme instrument de voyance en lui dévoilant en chaîne jusqu’à ses plus lointains spécimens, le règne animal dont on sait quelle énigme il entretient en chacun de nous et le rôle primordial qu’il joue dans le symbolisme subconscient.» C’est cette magie entre un animal finement observé d’après des ouvrages scientifiques et une nature, parfois luxuriante, parfois désertique, où il laisse son imagination vagabonder. Giovanni Mariotti écrit, dans Le Bestiaire d’Aloys Zötl (1803-1887) (éd. Chêne/F. M. Ricci, 1979) : «Les singes produisent les images les plus légères et les plus dansantes de Zötl».

vendredi 29 mars 2019 - 14:00 - Live
Salle 6 - Hôtel Drouot - 9, rue Drouot - 75009
Ader
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