En habits de lumière, Reliures de prestige à la fondation Martin Bodmer

Le 23 juillet 2020, par Anna Aznaour
Villiers de l’Isle-Adam (1838-1889), Nouveaux contes cruels et Propos de l’au-delà, Paris, Calmann-Lévy, 1893, édition en partie originale. Reliure de veau blond, dos à quatre nerfs sautés, plats ornés d’une composition polychrome représentant un décor parlant macabre (tête de mort, chardons et chauve-souris) sur fond piqueté (reliure non signée, années 1900-1920). 
© Fondation Martin Bodmer / Photo : Naomi Wenger

Sur un coteau genevois qui surplombe le lac Léman, un « défilé haute couture » peu commun est organisé dans le bâtiment conçu par l’architecte Mario Botta, maître de la lumière. Mais pour être ébloui par le rayonnement des collections présentées, il faudra descendre dans les tréfonds de cette institution inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco. Dans l’un de ses espaces qui propose, depuis juin 2020, de se familiariser avec les « Géants et Nains », la fondation Martin Bodmer met en scène une autre exposition, dédiée aux reliures de prestige. Avec une cinquantaine de pièces rares de sa bibliothèque, qui en compte plus de 150 000 – papyri, manuscrits et imprimés à partir du IIe siècle –, le musée invite les visiteurs à découvrir l’histoire de ces « habits sur mesure » du livre. Une thématique audacieuse, quand on sait que son fondateur bibliophile, décédé en 1971, s’attachait davantage au contenu qu’à l’apparat des ouvrages. « Le livre, à part notre esprit, fait appel à nos sens de par son esthétique, la qualité de son toucher et même son odeur. Une matérialité d’autant plus importante à notre époque envahie par les habitudes digitales », explique le commissaire de l’exposition, Nicolas Ducimetière. Pour faire voyager le public dans le temps, le vice-directeur du musée a conçu sa scénographie autour d’ouvrages marquants des cinq siècles (du XVIe au XXe) de cet art né avec l’imprimerie et porté à son apogée par les relieurs français, à qui il rend hommage. Ainsi, on y découvre les effets de mode – dorure, armes royales et de grandes familles, dentelles néoclassiques, signatures d’artisans, etc. –, inhérents à chaque période. Parmi les joyaux les plus rares exposés, la première édition protestante française de la Bible, éditée à Neuchâtel par Pierre de Wingle en 1535. À côté de reliures revêtues de décors métalliques de bronze doré ou d’acier bruni s’affichent de plus modestes « cartonnages éditeur », dont les contenus, tous savamment sélectionnés, sont souvent des clins d’œil à nos préoccupations universelles.

Fondation Martin Bodmer,
19-21, route Martin-Bodmer, Cologny (Genève), tél. 
: +41 22 707 44 33.
Jusqu’au 6 septembre 2020.
www.fondationbodmer.ch
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne