Christian Louboutin : l’exhibition[niste]

Le 17 mars 2020, par Christophe Averty
Christian Louboutin, édition 2020 d’un modèle automne-hiver 1997, cuir de Cordial, talon de 12 cm.
© Jean-Vincent Simonet

Talentueux créateur de chaussures, inlassable voyageur et collectionneur sans limite, Christian Louboutin nourrit son imaginaire et son inspiration d’une multitude d’atmosphères, de rencontres, de chocs esthétiques. Hélas, la promesse de nous faire découvrir les ressorts de sa production inventive n’est pas tenue. Le spectaculaire et rougeoyant parcours de l’exposition, plus clinquant que chic, brouillé d’une profusion hétéroclite de souliers délirants, retrace davantage la carrière du créateur, des années Palace à nos jours, à la manière d’une rétrospective. Pour les sources d’inspiration proprement dites, il faudra attendre la dernière section («Le musée imaginaire»), où, en un sobre accrochage, se déploient des œuvres telles les Pensées d’Andy Warhol, devenues presque anecdotiques tant celles qui les précèdent sont ostensiblement scénographiées. Aussi, entre show-room et cabinet de curiosités, vitrine géante et dressing de star, a-t-on l’impression d’être le figurant d’un décor grandiloquent et sans âme, où des souliers d’exception nous assènent leur virtuosité dans d’improbables environnements. Un palanquin de pacotille élevé à la gloire d’un modèle en Plexiglas, un théâtre bouthan d’hologrammes aguicheurs, une zone «interdite aux moins de 16 ans» évoquant – tous picots dehors – fétichisme et domination, un travail d’atelier restitué par de courts films à la Méliès, rappelant les autofilmages de Pierrick Sorin… L’ensemble révèle une vision plutôt coloniale du monde, où le faiseur se saisit de ce qu’il voit, n’en livrant dans ses créations qu’un exotisme perclus de clichés. Dommage pour cet ancien assistant du maître Roger Vivier, qui avait donné grâce et élégance au soulier. Le palais de la Porte Dorée, où Louboutin découvrit sa vocation – née d’un panonceau figurant l’interdiction des talons hauts –, se transforme ici en cahier de tendances, cédant au storytelling cher au marketing des enseignes de luxe. Un «exhibitionnisme» à rougir jusqu’aux semelles.

Palais de la Porte Dorée, musée nationalde l’Histoire de l’immigration,
293, avenue 
Daumesnil, Paris XIIe, tél. : 01 53 59 58 60.
Jusqu’au 26 juillet 2020.
www.palais-portedoree.fr