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Charles White déchaîné

Le 28 mars 2019, par Agathe Albi-Gervy

Connu jusqu’à ce jour uniquement par sa publication, en 1981, dans le catalogue raisonné de l’artiste, ce fusain de 1950 a été directement acquis auprès de l’Afro-Américain Charles White par l’aïeul des actuels propriétaires. Frappant et intrigant, l’homme enchaîné est identifié comme étant Caliban, un monstre réduit à…

Charles White déchaîné
Charles White (1918-1979), Caliban, fusain et crayon sur papier vélin, vers 1950, 104,1 68,6 cm.
Estimation : 150 000/250 000 $

Connu jusqu’à ce jour uniquement par sa publication, en 1981, dans le catalogue raisonné de l’artiste, ce fusain de 1950 a été directement acquis auprès de l’Afro-Américain Charles White par l’aïeul des actuels propriétaires. Frappant et intrigant, l’homme enchaîné est identifié comme étant Caliban, un monstre réduit à l’esclavage par le mage Prospero dans la pièce de théâtre La Tempête, que William Shakespeare a rédigée vers 1610-1611. Or, dans la première moitié du XXe siècle, la littérature contemporaine de Charles White attribuait au personnage de Caliban des traits d’Africain ou d’Afro-Américain. On ignore si cette feuille constituait une étude préparant une œuvre plus importante, voire une commande ; aucun autre dessin inspiré de l’œuvre de Shakespeare n’a pu être identifié dans son corpus. Mais son implication dans la création, en 1940, du South Side Community Art Center de Chicago un centre d’art communautaire soutenant les artistes afro-américains  l’a sûrement confronté à des productions shakespeariennes mettant en scène des acteurs noirs Harry Belafonte, Canada Lee et Paul Robeson se sont eux-mêmes livrés à l’exercice. «L’art doit être partie intégrante de la lutte», affirme White. «Il ne peut pas simplement refléter ce qui se passe, mais doit s’allier aux forces de libération.» À la lumière du contexte brûlant de lutte contre la ségrégation raciale, ce Caliban n’en paraît que plus symbolique. Sa musculature exacerbée, précisément formée et délimitée d’un trait appuyé, témoigne de la stylisation des années 1930-1940 que Charles White est alors en train d’abandonner au profit d’un naturalisme et d’une caractérisation des visages plus développés. Certains de ses dessins monumentaux ont pu être admirés au MoMa et à l’Art Institute de Chicago, lesquels lui ont consacré une rétrospective en 2018 à l’occasion du centenaire de sa naissance. L’artiste a atteint la même année un nouveau record en salle des ventes, frappé en avril par Swann, pour un dessin intitulé Ô liberté, adjugé 509 000 $ contre une estimation à peine plus élevée que celle du Caliban.

tableaux modernes et contemporains, afro-américains
jeudi 04 avril 2019 - 14:00 (CEST)
104, East 25th Street - NY-10010 New York
Swann Auction Galleries