Celui qui entend le bruit de l’univers

Le 08 décembre 2017, par Anne Foster

Guanyin est le nom sinisé d’Avalokitesvara, qui, en Chine, prend au fil des siècles le statut de divinité bouddhique. Effigie masculine à ses débuts, elle se féminise à partir de l’époque Song, tout en gardant une certaine virilité.

Chine, dynastie Song (960-1279). Guanyin en bois sculpté polychrome, traces de laque or, h. 102 cm.
Estimation : 1,5/2 M€

Gracieuse et impérieuse, cette sculpture forme une synthèse de divers traits associés au bodhisattva de la compassion, l’une des plus importantes et vénérées figures du bouddhisme. Depuis des temps immémoriaux, en Inde, les dieux sont représentés parés comme des princes, souvent accompagnés de leur double féminin. Les artistes chinois de la période Song (960-1279) s’emparent de cette effigie et la transforment en un tout, féminin-masculin. Guanyin s’intègre dans leur panthéon de déités ou de figures légendaires. Sur le mont Putuo situé sur l’île éponyme, au sud-est de Shanghai, dans la province du Zhejiang habite cette déesse, percevant les implorations, s’efforçant de soulager les douleurs. Les yeux baissés, méditant sur le cycle des souffrances et le chemin vers le bienheureux néant, elle est assise dans la position du délassement royal, un bras appuyé sur le genou d’une jambe relevée, l’autre pendant, probablement appuyée sur une sorte de nuage, symbole du vide bénéfique. Cette attitude adoptée pour contempler l’éphémère d’un reflet de lune sur l’eau, miroir déformant d’une réalité illusoire, est liée à un épisode où le bodhisattva médite sur son île, devant un massif de bambous éclairé par l’orbe lunaire. Pour son fidèle, cette Guanyin continue d’être à l’écoute de tout être vivant, qu’il soit femme, homme, enfant, riche ou pauvre ou encore animal. Son culte est apparu très tôt, suivant l’introduction du bouddhisme, et les taoïstes en ont fait l’un de leurs immortels. Des exemples sont conservés dans des musées tant en Europe qu’aux États-Unis, la plupart datant de la dynastie Song, ou de royaumes contemporains comme les Jin (1115-1234) et les Liao (907-1125). Parée de bijoux, le chignon abritant une statuette de bouddha (aujourd’hui disparue), sur le front une urna troisième œil ouvert sur la connaissance qui mène au monde intérieur , celle-ci est assurément une divinité royale, tout comme Bouddha, prince choyé qui renonça à tous les biens de ce monde pour parvenir à la sagesse suprême, l’éveil. L’artiste la rend vivante : son corps est à la fois ferme et souple, sensible sous la robe monastique. On comprend qu’elle fût une divinité très populaire, à laquelle on prêtait le pouvoir de rendre mères les femmes infertiles, de protéger les marins des tempêtes, de délivrer les humains du désir et de l’ignorance. La statue était peinte de vives couleurs, rehaussées d’or fin afin de paraître plus tangible. Traditionnellement, dans les temples bouddhistes, Guanyin était assise d’un côté du bouddha, un autre boddhisattva se tenant de l’autre l’un de ceux évoqués dans le Sutra du Lotus. Une divinité gracieuse, compatissante mais consciente de son pouvoir.

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