Brice Marden, Morocco

Le 16 avril 2019, par Zaha Redman
Brice Marden (né en 1938), Sans titre, 2018, encre Kremer sur papier, 104,1 74 cm.
PHOTO ROBERT MEKEEVER. COURTESY GAGOSIAN © 2019 Brice Marden/Artists Rights Society (ARS), New York

Cette série marocaine de Brice Marden (né en 1938) arrive à Paris après un premier accrochage au musée Yves-Saint-Laurent à Marrakech. Elle est composée d’une soixantaine de dessins à l’encre  tantôt monochromes, tantôt en couleurs  et d’une peinture sur toile (Helen’s Moroccan Painting) nourris de voyages marocains. Pouvant prendre deux formes  des aplats colorés géométriques et minimalistes d’une part, des lignes formant des tissus plus ou moins denses d’autre part , la peinture de l’artiste new-yorkais évolue sur la double voie d’une abstraction géométrique minimaliste et d’une esthétique plus proche de l’action painting, mais sereine et contemplative. Ici, le carnet de dessins présente des enchevêtrements évoquant aussi bien des végétaux que des motifs de l’artisanat et de l’art marocains, l’univers de la biologie cellulaire ou encore des réseaux digitaux. Pour Marden, l’abstraction possède la vertu de transposer le spectateur dans différents univers, au gré de ses humeurs ou de son imagination. Dans les feuilles marocaines, la combinatoire des entrelacements et des taches souvent positionnées aux intersections des lignes est déclinée avec une variété infinie et vertigineuse, montrant encore une fois combien une simplicité élémentaire formelle peut donner lieu à une profusion de solutions et de représentations. La sérénité zen de Marden se conjugue avec des tressaillements nerveux, qui renvoient à la calligraphie. La facture plutôt dense de la plupart des dessins en viendrait presque à figurer un agrandissement de la trame opaque et des aplats géométriques de Helen’s Moroccan Painting. Cette merveilleuse tension entre le motif coloré, saturé, vibrant mais circonscrit, et les amas de fibres grumeleuses, dynamiques, mais toujours ramassées, produit un plaisir visuel certain et une ambiguïté suggestive. Les ocres, les terres brunes et les couleurs en général évoquent la Méditerranée et le Maghreb, les encres noires ou monochromes désignant plutôt la culture extrême-orientale. Les entrelacements pourraient être aussi un retour, voulu ou inconscient, aux trames des Nymphéas de Monet, matrice primordiale de l’abstraction picturale. On comprend combien l’esthétique tardive de Marden a le pouvoir de désigner des figures primordiales de la nature, mais aussi de la peinture.

Galerie Gagosian,
4, rue de Ponthieu, Paris 
VIIIe, tél. : 01 75 00 05 92.
Jusqu’au 1er juin 2019.
www.gagosian.com
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