Art Basel Miami Beach Une ville contemporaine

Le 15 décembre 2017, par Pierre Naquin

Le phénomène semble s’amplifier : Miami était pendant cinq jours The Place to be pour tous les collectionneurs, aspirants ou aguerris. Et le résultat très positif de cette édition d’Art Basel ne dément pas la mécanique.


 

Stand de la galerie Bernier/Eliades.

ABMB  comme l’appellent les intimes  n’est pas qu’une foire, fût-elle la plus grande des États-Unis. C’est une ville de 5,5 millions d’habitants qui pendant près d’une semaine se dédie entièrement à l’art contemporain. Tout y passe : des hôtels qui affichent complets sur toute l’île de Miami Beach, aux restaurants qui augmentent leurs prix de plus de 50 % ; des sociétés de chauffeurs réquisitionnées de toute la Floride, aux installateurs de tentes qui ne savent plus où donner de la tête ; des Big Bus qui commentent aux touristes les dizaines d’espaces aux centaines de policiers du comté réduits à faire la circulation et des institutions qui ouvrent, ou rouvrent, pour l’occasion aux médias locaux qui y dédient l’intégralité de leurs contenus… C’est bien simple, Miami est entièrement transformé par l’événement. Mais, cette année, Art Basel était également transformée par la ville ; et pour cause, le Convention Center de Miami Beach  écrin de la manifestation  était en travaux… pas de pot, ceux-ci avaient pris un peu de retard, ce qui donnait un côté backstage à l’entrée VIP, ambiance câbles jonchés au sol et Caterpillar en mouvement. Dépaysement garanti pour les poupées-trophées sur plateformes de 10 cm, lèvres et seins regonflés et petit caniche sous le bras. Car à Miami, les chiens aussi visitent Art Basel. Autant le dire tout de suite, le succès était au rendez-vous. Plus de 82 000 personnes se sont amassées dans les allées. Marc Spiegler, Global Director de la marque, confie : «Cette édition marque un point d’inflexion pour la foire à Miami Beach. Les nouveaux designs et layouts  avec de larges espaces de repos  ont été très appréciés des visiteurs et des exposants. On enregistre beaucoup de très belles ventes, quels que soient les domaines ou les périodes du plus cutting edge [«avant-gardiste», ndlr] aux chefs-d’œuvre du début du XXe siècle.»
 

82 000
C’est le nombre de visiteurs aux cinq jours d’Art Basel Miami Beach.
Soit 6,5 % de plus qu’en 2016.


Sold out !
Les exposants sont d’accord, James Cohan à la tête de sa galerie à New York avoue : «ABMB 2017 a été une très belle édition pour nous. La foire continue d’être un lieu capital de rencontres avec les collectionneurs et les curateurs.» Pour Luigi Mazzoleni, il s’agit de «notre meilleure édition jusqu’à présent. Nous avons rencontré de nombreux top collectors, dont un certain nombre qui venaient d’Amérique latine. Nous avons constaté beaucoup d’intérêt pour l’après-guerre italien que nous représentons ». Difficile de se plaindre lorsque l’on vient de vendre un Lucio Fontana à 700 000 $ et trois Alberto Burri, dont un à 1,5 M$. Avec plus de 7,5 M$ de ventes  dont plus de la moitié pour Sumac (1959) d’Ellsworth Kelly  Brett Gorvy, le nouvel associé de Dominique Lévy, se montre également enthousiaste : « Nous avons notamment vendu à de nouveaux collectionneurs. Même s’il est agréable de revoir des têtes connues, c’est aussi pas mal d’en rencontrer de nouvelles !» Le solo show de Rondinone (également exposé au Bass Museum, non loin de la foire) sur le stand jouxtant l’entrée de la suisse Eva Presenhuber fut très apprécié. Sold out!… ce qui permit à la galeriste de faire le tour des musées les deux derniers jours. Hauser & Wirth vendait pour plus de 10 M$ à des collectionneurs asiatiques, dont un Bruce Nauman de 1989 à plus de 9 M$. Sun Woman I (1957) de Lee Krasner quittait le stand du New-Yorkais Paul Kasmin pour 7 M$. Sadie Coles cédait une peinture et une sculpture d’Urs Fischer pour 1,6 M$, mais Pace Prints faisait encore plus fort, en vendant dès le vernissage les 100 éditions de The News (2017) de Kaws pour un total de 4,5 M$…
L’enthousiasme
Mais tous les résultats n’étaient pas millionnaires. On pouvait trouver des œuvres pour (presque) toutes les bourses. Ainsi la galerie grecque Kalfayan vendait deux peintures de Kostis Velonis pour un total de 15 000 $. Richard Saltoun, venu de Londres, cédait Argentina 1974 d’Edgardo Antonio Vigo pour moins de 8 000 $. Masako Hosoi, directrice de la galerie japonaise Taro Nasu dont c’était la première participation, confie : «L’atmosphère de la foire est vraiment unique, comme portée par un style typiquement “Miami”. Notre solo show de Koichi Enomoto a rencontré beaucoup de succès de la part de collectionneurs que nous ne connaissions pas pour la plupart.» Elle a ainsi vendu plusieurs toiles de grand format à moins de 25 000 $. Impossible de lister toutes les ventes, d’autant que les exposants se montraient étonnamment ouverts sur le sujet. Signe d’un enthousiasme très largement partagé. Noah Horowitz, le directeur de la foire, confirme : «Nous sommes fiers des changements que nous avons apportés cette année comme la nouvelle organisation des stands ou l’intervention de Philipp Kaiser pour la section Public sur Collins Park, etc. Par ailleurs, l’ouverture de l’ICA et la réouverture du Bass font de Miami une des plateformes les plus importantes de la scène mondiale de l’art contemporain.» Et cela n’est pas près de s’arrêter, l’année prochaine, la Rubell Familly Collection quitte Wynwood pour prendre ses quartiers sur un campus d’un hectare un peu plus à l’ouest de la ville, dans les terres. «La prochaine édition sera encore meilleure lorsque les rénovations du Convention Center seront terminées», glisse, avec un clin d’œil, Marc Spiegler. On veut bien le croire.

À VOIR
La prochaine édition d’Art Basel Miami Beach aura lieu du 5 au 9 décembre 2018 dans un Convention Center cette fois entièrement rénové.
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