Art Basel Hong Kong, désormais incontournable

Le 11 avril 2019, par Caroline Boudehen

Avec 242 galeries issues de trente-cinq pays différents, la 7e édition de la foire d’art moderne et contemporain s’impose désormais comme une des plus internationales.

Installation de Chiharu Shiota (née en 1972) sur le stand de la galerie Templon à Art Basel Hong Kong 2019.

Cette année, Art Basel Hong Kong comptait vingt et une nouvelles galeries, dont la moitié en provenance d’Europe et des États-Unis, couvrant ainsi cinq pays de plus qu’en 2018. Si la foire s’internationalise à grande vitesse, le pari de Marc Spiegler (directeur mondial d’Art Basel) et d’Adeline Ooi (directrice Asie) d’édifier la foire hongkongaise en pont est-ouest semble remporté. La moitié des galeries présentes sont effectivement implantées dans la région Asie-Pacifique, et certaines d’entre elles intègrent pour la première fois la section principale de la manifestation. Tang Contemporary (Pékin, Hong Kong, Bangkok), auparavant affectée aux sections émergentes, a ainsi présenté, en plus d’un stand remarqué  l’œuvre de l’avant-gardiste Huang Yongping renfermant des insectes vivants dans un globe terrestre a fait un mini-buzz , une installation exceptionnelle du Chinois Zhao Zhao.
Créer des connexions
Art Basel Hong Kong cristallise les connexions de l’Asie-Pacifique, avec, cette année, une présence plus faible de la Chine continentale. La Corée, quant à elle, a eu le vent en poupe. La galerie historique Kukje présentait le célèbre Yoo Youngkuk pionnier de l’art abstrait en Corée, dont les œuvres sont estimées à 1,5 M$  ainsi que des artistes majeurs et émergents, comme Suki Seokyeong Kang, lauréate du prix Baloise 2018 et représentante du pays à la Biennale de Venise. Comme le souligne un membre de l’équipe, «le rôle de la galerie depuis toujours est de créer des connexions réciproques entre la Corée et le monde, de faire connaître les artistes coréens à l’international et inversement. C’est aussi pour cette raison que nous participons à cette foire depuis le début». Perspectives similaires pour la galerie taïwanaise Tina Keng, représentant l’artiste historique Wang Pan-Youn, ainsi que des créateurs contemporains tels que Chiang Yomei ou Su Xiaobai. Les galeries du secteur principal sont ainsi restées fidèles à leur programmation habituelle. En prenant soin de coupler artistes établis et prometteurs, elles répondent à ce triple objectif : contenter la demande croissante des collectionneurs régionaux, qui souhaitent consolider leur connaissance sur le marché occidental et en découvrir les nouveaux talents, et satisfaire aux attentes des acheteurs internationaux. Un choix qui, comme l’a précisé Milica Nestorovic, la directrice de la galerie The Third Line (Dubaï), «a suscité, encore plus que l’année précédente, beaucoup de discussions, et attisé la curiosité de l’audience. Les collectionneurs sont beaucoup plus attentifs et concentrés qu’auparavant». Un avis assez partagé. «Il y a eu beaucoup plus de monde que l’année passée… et c’est un public plus international et plus pointu», confiait Nathalie Obadia, qui est active sur la foire depuis plusieurs années.
Les points forts
Les secteurs Insights et Discoveries  une mise en avant de la zone Asie et de ses artistes qui montent  ont été, cette année encore, solides et exigeants. Insights a regroupé vingt et une galeries, dont chacune a sélectionné une ou deux personnalités ayant un lien fort avec la région, telle Don Gallery (Shanghai) avec Li Shan, artiste phare sous la Révolution culturelle, dont les huiles sur papier variaient entre 4 500 et 11 000 $. Discoveries a rassemblé vingt-cinq solo shows dédiés aux nouveaux artistes, dont les prometteurs Huang Hai-Hsin (Capsule, Shanghai) ou Shen Xin (Made In, Shanghai)  lauréate du prix BMW 2019 , et Louise Sartor (7 000 $ chaque gouache sur papier ou carton en moyenne), représentée par la galerie parisienne Crèvecœur, dont c’était la première participation à Art Basel Hong Kong. La session Encounters, avec douze projets d’envergure disposés à travers la manifestation, fut l’objet d’un vif succès, avec notamment une mise en avant des artistes femmes, dont Chiharu Shiota (galerie Templon), dont l’œuvre monumentale a été vendue 350 000 €, Latifa Echakhch (Kamel Mennour), ou encore Lee Bul (Thaddaeus Roppac et Lehmann Maupin), dont l’installation a été acquise pour 200 000 $.
Une édition fructueuse
Certains ont vu leur stand dévalisé lors des previews : les transactions chez Pace et Gagosian ont atteint les huit chiffres dès les premières heures, David Zwirner se déclarant quant à lui sold out au premier jour, avec un franc succès de la sculptrice Carol Bove (quatre œuvres vendues chacune 500 000 $). Cependant, la plupart des galeries ont connu, en termes de ventes, un début de foire moins fougueux qu’à l’accoutumée, compensé par un climat aussi effervescent que studieux. Une audience très attentive, curieuse et passionnée, permettant la construction d’un réseau solide et durable. Selon Nina Fellmann, la directrice de la galerie londonienne Annely Juda Fine Art, «c’est de loin la meilleure année d’Art Basel HK». La galeriste a vendu entre autres une sculpture de Nam June Paik (600 000 $) à un collectionneur local, soulignant également un goût prononcé pour l’art moderne de la part du public. Une tendance confirmée par Richard Nagy, qui participait pour la première fois, avec un solo show d’Egon Schiele  une sélection de quarante œuvres sur papier, dont une peinture à 12 M$. Cette année, de nombreuses institutions et collectionneurs internationaux étaient présents et actifs dans les allées, «un mélange équilibré de grands collectionneurs d’Asie, d’Europe et des États-Unis, dont plus de représentants de musées américains que par le passé», selon David Maupin (galerie Lehmann Maupin). Rien de plus logique puisque l’Asie représente actuellement 22 % des ventes du marché de l’art. Selon le dernier rapport d’Art Basel, même si la Chine a rétrogradé en 3e position derrière les États-Unis et le Royaume-Uni , sa part du gâteau équivaut toujours à 19 %. Galeries et centres d’art d’importance continuent ainsi d’ouvrir leurs portes en Chine continentale et à Hong Kong (voir articles page 12 et page 16), captés par une nouvelle génération de Chinois de plus en plus attirés par le marché de l’art contemporain occidental.
Art central, un succès mitigé
À quelques pas d’Art Basel, l’unique foire satellite de la semaine fêtait cette année sa 5e édition. Regroupant sans distinction une centaine de galeries, issues à 75 % de la zone Asie-Pacifique, Art Central propose, depuis ses débuts, un panorama de la scène artistique régionale, à quelques exceptions près. Salons des «refusés» pour les uns ou seule plateforme permettant de présenter des artistes à prix plus raisonnables pour les autres (quatre à six chiffres en moyenne), elle constitue aussi un moyen de rencontrer les acteurs du marché asiatique. Malgré la grande popularité de l’événement 37 000 visiteurs , les ventes ont été très inégales, plus importantes pour les galeries locales que pour leurs homologues internationales. Selon Adeline Jeudy, exposante depuis trois ans, «chaque année nos contacts de l’année précédente sont ravis de nous revoir, et nous développons à chaque fois notre réseau. Nos collectionneurs européens sont aussi enthousiastes de nous savoir à Hong Kong, mais les retours sont à attendre sur le moyen et long terme, pas vraiment sur le court terme». Comme d’autres, la directrice de cette galerie parisienne (LJ) souhaite revenir, pour conserver une présence à Hong Kong pendant ce moment clé. Mais probablement sous un autre format… Cette année, comme certains galeristes, Magda Danysz n’a par exemple pas réitéré sa participation à Art Central, mais proposait une exposition dans l’un des espaces du centre-ville.

 

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