Art Basel Hong Kong 2020 n’aura pas lieu

Le 13 février 2020, par Pierre Naquin

La rumeur devenait insistante depuis plusieurs semaines, mais l’information a été confirmée jeudi dernier à 21 h 59 : cette année, l’événement est annulé…

Édition 2019 d’Art Basel Hong Kong.

L’édition 2020 d’Art Basel Hong Kong ne se présentait pas sous les meilleurs auspices… Face aux émeutes d’une rare intensité se succédant dans l’archipel et ne semblant pas vouloir cesser, plusieurs galeries et marchands évoquaient en «off», dès l’automne dernier, puis de plus en plus ouvertement, l’idée d’une annulation de l’édition 2020. Leur argument étant que mieux vaudrait, pour les galeries comme pour les organisateurs, éviter le fiasco d’une édition sans public et commercialement désastreuse. «Ces foires supposent d’énormes investissements pour tous les marchands qui y participent, même les plus gros, et il n’est pas envisageable d’y prendre un stand si c’est pour ne rien vendre», nous avouait alors un exposant régulier. Depuis, les manifestations, devenues hebdomadaires, semblent être entrées dans les habitudes – et plus ou moins sorties des radars des médias internationaux. Même si les galeristes locaux étaient unanimes pour dire que le climat sur place était à tout sauf à l’organisation d’expositions et de ventes d’œuvres d’art, ils voulaient encore croire que la puissance d’un événement comme Art Basel était en mesure de mobiliser les collectionneurs asiatiques. «Le business à Hong Kong est devenu très difficile. On continue d’envoyer des photos en ligne mais nous n’avons plus d’activité sur place. On s’interroge même sur notre présence physique à moyen terme. Conserver un loyer hors de prix pour échanger par mail ne fait pas sens», expliquait, il y a encore quelques semaines, Ben Brown.

L’équipe d’Art Basel remboursera 75 % des frais à tous les exposants prévus pour 2020

Choix difficile
On peut aussi se demander pourquoi cette décision a autant tardé. Selon les organisateurs, la foire hongkongaise est capitale pour l’activité de leurs exposants. Cela est incontestable, mais il existe également une raison interne. Après plusieurs années durant lesquelles le groupe MCH – ne tenant que par la réussite d’Art Basel – a été fortement chahuté (avec l’abandon de ses autres foires d’art à l’exception de Masterpiece et l’annulation de plusieurs événements peu après les avoir annoncés), une déconvenue dans ses activités principales était à éviter. Une réflexion confortée lorsque l’on constate que, dès le lendemain de l’annonce, le titre perdait 5 % en une demi-journée, se situant au plus bas depuis octobre 2019. Le coût opérationnel d’une annulation peut être couvert par une assurance, les dommages causés à l’image de marque, non. Or, suite à l’apparition du nouveau coronavirus, les liaisons internationales vers la Chine ont été coupées, les entreprises et les banques fermées, renvoyant chez eux leurs salariés. Vient ensuite le tour des musées et des galeries. La Cafam Techne Triennial est annulée à Pékin. Comme le fait remarquer Philip Tinari de l’UCCA : «Nous sommes obligés de reporter les expositions prévues au premier trimestre.» Le He Art Museum, à Foshan, et le X Museum, à Pékin, reportent leurs ouvertures prévues en mars. Hong Kong se voit très vite concernée par les restrictions. Plus question d’organiser de grands rassemblements. L’ancienne colonie britannique se coupe elle aussi de la Chine continentale, réduisant drastiquement le nombre de vols.
Absence d’alternative
Art Central, la principale foire off de la semaine, est annulée. Christie’s décale à juin ses ventes de printemps. HotLotz en fait de même à Singapour. Ne restait qu’Art Basel. «Nous en discutions la semaine dernière avec les trois directeurs mais la décision est entièrement la leur», déclare Urs Mailer, qui siège au comité de sélection d’Art Basel Hong Kong. «Nous leur avons confié le sentiment des galeristes, à savoir qu’ils s’inquiétaient du fait que le public ne puisse ou ne veuille se déplacer. Certains marchands ont même rapporté que leur staff ne voulait pas venir.» «C’était la seule solution envisageable pour Art Basel. Avec le blocage des vols internationaux, l’impossibilité de se rassembler, la peur que cela génère chez les visiteurs… Pour être honnête, je m’y attendais depuis au moins une semaine, confirme Pearl Lam. Avec d’autres marchands, nous allons essayer d’organiser un autre show avant l’année prochaine. Mais puisqu’il est impossible de prédire quand et comment va se terminer cette crise, nous sommes bloqués.» L’équipe d’Art Basel a confirmé s’être engagée à rembourser 75 % du montant des frais de stand à tous ses participants. Même si le geste est appréciable et en réalité plutôt rare dans le secteur, il risque néanmoins d’être contesté par certains marchands. «Cela me semble juste même si pour certains exposants, une telle perte sera difficile à supporter», estime Urs Meile. Reste que la plupart se montrent compréhensifs et solidaires. «Mon succès, si fluctuant soit-il, je le dois en partie aux foires qui me font confiance. Si nous ne sommes pas là dans les coups durs, il faut changer de métier», argumente Franck Prazan. «Cela me paraît normal au vu des frais engagés par Art Basel», ajoute Nathalie Obadia. Au-delà des marchands eux-mêmes, ce coup dur va nécessairement impacter financièrement l’entreprise événementielle, d’autant que le groupe MCH affichait déjà une perte de 350 MCHF au premier semestre 2019 (contre un gain de 21,5 MCHF l’année précédente). «Je suis confiant, cette annulation n’est pas à même de mettre en danger MCH ou Art Basel», conclut Urs Meile. Les prochaines semaines et le mois à venir devraient nous éclairer davantage.

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