Ambroise Vollard et Henri de Toulouse-Lautrec, pionniers de l’estampe moderne

Le 04 février 2021, par Caroline Legrand

Ambroise Vollard et Henri de Toulouse-Lautrec ont perçu plus tôt que tout le monde toute la modernité de l’art de l’estampe. Pour preuve, cette lithographie de 1897 éditée dans le deuxième album du marchand.

Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901), Partie de campagne, ou Le Tonneau, 1897, Ambroise Vollard édition, lithographie, impression en couleurs sur vélin blanc mince, revêtue du timbre rouge orangé (Lugt 1338) et numérotée au crayon, 39,5 50,5 cm (détail).
Estimation : 20 000/25 000 

Henri de Toulouse-Lautrec et Ambroise Vollard partageaient une conception éminemment moderne de la peinture et des arts en général, qui leur permit d’élargir leur potentiel créatif. Ils collaborèrent ainsi à plusieurs grands projets, dont le deuxième Album d’estampes originales de la galerie Vollard, paru en 1897, dans lequel le marchand réunissait 32 œuvres des artistes les plus renommés de l’avant-garde picturale du moment, tels les jeunes nabis mais aussi les postimpressionnistes Pierre Bonnard, Armand Guillaumin, Henri Martin ou Puvis de Chavanne. Vollard, qui a largement aidé au lancement des carrières de Cézanne, Gauguin ou Picasso, prit un risque avec ces éditions d’estampes. Devenu une figure incontournable du marché de l’art, il n’hésitera pas à se lancer de nouveaux défis, par exemple en republiant avec ces éditions d’estampes la Suite Volpini de Gauguin. Il investira même une large partie de sa fortune personnelle – l’argent récolté par la vente des tableaux de ses plus célèbres peintres – pour financer ses grands projets, comme les deux albums de 1896 et 1897. Il devra attendre les années 1920-1930 pour voir l’art de l’estampe et les livres d’artistes prendre de l’essor et accéder à la reconnaissance du grand public. Ce goût chez Ambroise Vollard devrait être abordé dans une exposition organisée au Petit Palais, à Paris, en espérant que le Covid-19 laisse respirer les musées au printemps 
Toulouse-Lautrec japoniste
Vollard trouva en Toulouse-Lautrec un partenaire de choix dans sa défense de l’art de l’estampe. Le peintre appréciait ce médium depuis longtemps, notamment au travers de sa passion pour les maîtres japonais. Il possédait ainsi des mangas d’Hokusai ou encore des œuvres signées Toyokuni ou Utamaro, autant de noms qu’il a découverts grâce à la franche ouverture du Japon à l’Occident à partir de 1868. Toulouse-Lautrec lisait la revue publiée par Siegfried Bing, Le Japon artistique, et avait dessiné sa signature, ses initiales dans un cercle, en s’inspirant des gardes de sabre japonais. Son style s’en ressent aussi, adoptant des compositions audacieuses comme, dans notre estampe, cette voiture à cheval en partance, qui suit une ligne d’horizon fuyante, en diagonale, alors qu’une grande partie de la page reste blanche. Son style synthétique et ses couleurs en aplats s’inspirent également des arts nippons. Mais l’artiste a aussi son propre univers : il aime peindre les personnes qui l’entourent, ses amis croqués sur le vif. On retrouve ainsi dans cette composition deux de ses proches : Misia Natanson et le peintre anglais Charles Conder. La première, l’un de ses modèles récurrents, fut une grande pianiste mais aussi la muse des nabis et l’épouse du fondateur de la Revue blanche, Thadée Natanson, avec lequel Toulouse-Lautrec travaillait régulièrement. Elle fut une personnalité très en vue dansle milieu artistique parisien, vite surnommée la «Reine de Paris».

mercredi 10 février 2021 - 02:30 - Live
Toulouse - Hôtel des ventes Saint-Aubin, 3, boulevard Michelet - 31000
Marc Labarbe
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne