Abbaye de Montmajour : Éva Jospin, Cénotaphe

Le 08 septembre 2020, par Anne Doridou-Heim
Éva Jospin (née en 1975), Cénotaphe, 2020 (détail).
© Éva Jospin - Adagp 2020. Courtesy galerie Suzanne Tarasieve Paris. © Geoffroy Mathieu - CMN

La monumentalité n’effraie pas Éva Jospin, pas plus que de se perdre au cœur d’une forêt obsessionnelle ou même de la pureté minérale d’une église millénaire. Aussi, lorsque le Centre des monuments nationaux, gestionnaire de l’abbaye de Montmajour, l’a invitée — dans le cadre des «Parallèles du Sud» de la biennale Manifesta 13 Marseille — à concevoir une œuvre pour l’installer au centre de l’église abbatiale, elle n’a pas hésité. Le résultat est là, exposé en pleine lumière, aussi magistral que délicat, à l’image de toute l’œuvre de cette plasticienne (magicienne ?) du carton. Elle a une nouvelle fois métamorphosé son support de prédilection, et, s’il ne s’agit pas ici d’une forêt, l’imagination a bien guidé sa recherche. L’architecture fantaisiste à laquelle elle a donné naissance, inspirée tout à la fois des caprices des jardins du XVIIIe siècle – la nature n’est jamais bien loin – et d’un monument élevé à la mémoire des défunts dont le corps est absent, est en phase avec le site empreint de spiritualité. Cénotaphe réussit le double pari de tenir la tête haute face au poids de l’histoire qui l’accueille, et surtout de donner l’impression de s’être toujours trouvé là. À ses côtés, Cappriccio et Grotte folle contribuent à leur tour à donner vie à ce travail insensé de découpage, effilochage, grattage, collage, ponçage… Apprivoisé, le matériau disparaît et se fait oublier pour devenir pierre, feuille ou liane, le tout parfois inextricablement mêlé comme dans certains temples d’Angkor sur lesquels la nature a repris ses droits. Elle aime à expliquer que son «travail est lié à la lenteur et à la répétition du geste manuel», lui donnant une dimension corporelle. Il faut à son tour tourner autour de ces œuvres, découvrir l’action de l’érosion sous les doigts d'une artiste en communion avec les éléments, s’arrêter devant le foisonnement de détails et se perdre dans leur contemplation, dans le silence absolu du lieu.

Abbaye de Montmajour,
route de Fontvieille, Arles 
(13), tél. : 04 90 54 64 17.
Jusqu’au 3 janvier 2021.
www.abbaye-montmajour.fr
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