«Premiers pas» pour Jean-François Millet

Le 09 juillet 2020, par Sophie Reyssat

Jean-François Millet a l’art de transformer le quotidien en éternité. Inspirée de son quotidien à Barbizon, cette scène d’intimité familiale, représentée au pastel, touche par son universalité.

Jean-François Millet (1814-1875), Les Premiers Pas, pastel sur papier signé, 40 46,7 cm (détail).
Estimation : 250 000/350 000 

Jean-François Millet était un dessinateur né. Depuis l’enfance, ses crayons ne l’ont jamais quitté. Ses croquis au trait rapide, ses études sur nature, sont nécessaires à la genèse de son œuvre peint. Il a également toujours pratiqué le pastel, particulièrement présent dans son travail vers 1845 et à la fin de sa vie, où il en fait son moyen d’expression privilégié. Bénéficiant d’une spontanéité que n’a pas la peinture, celui-ci sied parfaitement à l’authenticité de ses sujets de prédilection, montrant le quotidien de la vie paysanne. En quittant Paris pour s’installer à Barbizon, en 1849, Millet tire en effet un trait sur la représentation des scènes arcadiennes et des nus sensuels : «C’est le côté humain, franchement humain, qui me touche», écrit-il. Et il n’est pas le seul. L’engouement pour ses dessins, qui s’accentue dans les années 1860, l’incite à poursuivre dans cette voie réaliste teintée de poésie. Dans un monde en pleine mutation, affecté par les bouleversements de la révolution industrielle, certains posent un regard nostalgique sur ses représentions d’une vie humble, laborieuse, mais paisible, en phase avec la nature. Sans intention moralisatrice, ni sentimentalisme, Millet se veut simplement un interprète de la condition humaine. En témoigne ce pastel qui a conservé ses belles nuances de couleurs. Sur un frottis de couches légères, il joue avec les touches effleurées et les traits appuyés, parallèles ou mouvants, pour créer une composition frémissante de vie. L’artiste a traité plusieurs fois cette scène d’intimité de la vie familiale.
De Millet à Van Gogh
L’apprentissage des premiers pas est ainsi le sujet d’une autre version, de 1858 : un crayon et pastel portant le même titre, et reprenant exactement la posture de la mère et de son enfant, conservé au Laurens Rogers Museum of Art de Laurel, Mississippi, aux États-Unis. La scène se déroule toujours dans l’enclos de la ferme, mais elle est plus en longueur, et les oies, fuyant ici devant le bambin prêt à s’élancer vers elles, ont disparu. De l’autre côté du parterre de légumes, qui s’étend désormais à ses pieds, le père a posé son outil pour lui tendre les bras et l’encourager à venir vers lui. La séduisante composition a été copiée par Vincent Van Gogh en 1890, grand admirateur de l’œuvre de Millet, qu’il considérait comme un modèle. Avant de finaliser cette version, le maître de Barbizon en a fait un dessin préparatoire à la mine de plomb – qui appartient aujourd’hui à la collection du musée d’Orsay, conservée au département des Arts graphiques du musée du Louvre. Car l’artiste prend le temps de laisser mûrir ses œuvres. Déclinant les mêmes thèmes avec de subtiles variations, il multiplie les croquis. Ses pastels sont travaillés comme de véritables peintures, elles-mêmes lentement élaborées car mûrement réfléchies. Sa recherche des attitudes justes, de la quintessence des gestes, donne à ses sujets les plus simples une dimension universelle et un sentiment d’éternité, leur conférant une grandeur classique. Chez Millet, écrit Van Gogh, «tout est également réalité et symbole».

dimanche 19 juillet 2020 - 14:00 - Live
Fontainebleau - 9-11, rue Royale - 77300
Osenat
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