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Subtils camaïeux

Publié le , par Anne Doridou-Heim

Depuis l’article de notre numéro du 15 mars (voir Gazette no 10, page 62), l’histoire du marron glacé ne vous est plus inconnue et l’existence de précieux...

Subtils camaïeux
Manufacture de Clérissy, Moustiers, début du XVIIIe siècle. Plat ovale en faïence à décor en camaïeu bleu au centre d’une scène de chasse au cerf d’après Antonio Tempesta (1555-1630), 57 47 cm.
Adjugé : 22 680 

Depuis l’article de notre numéro du 15 mars (voir Gazette no 10, page 62), l’histoire du marron glacé ne vous est plus inconnue et l’existence de précieux contenants pour abriter ce mets délicat non plus ! L’originale marronnière dite «à ozier» pour décrire son motif de tressage ajouré , exécutée à la manufacture royale de Sèvres en 1760, ne pouvait laisser un collectionneur indifférent. Très justement, elle attisait son intérêt jusqu’à 27 720 €. Les porcelaines sont régulièrement les stars des ventes de céramiques… Cette fois pourtant, c’est une faïence qui grimpait au plus haut et créait la surprise. En effet, une paire de petites plaques (l. 21 cm chacune) de Delft, à décor peint d’un paysage hollandais pour l’une et d’une scène maritime pour l’autre, s’envolait littéralement pour terminer sa course à 31 500 €. La raison en est l’auteur probable des peintures. Il semblerait en effet qu’il s’agisse de Frederik Van Frijtom (1632-1702), le plus fameux des artistes ayant œuvré pour la manufacture hollandaise, célèbre justement pour ses plaques émaillées de paysages d’une grande finesse. Un camaïeu de bleu rehaussait également l’éclat d’un plat en moustiers (reproduit ci-contre), décoré pour sa part d’une scène de chasse au cerf empruntée au répertoire du grand graveur florentin Antonio Tempesta (1555-1630). L’atelier des Clérissy en est le producteur : un nom synonyme lui-aussi du meilleur avec des pièces d’apparat, plats, bassins et autres aiguières en casque, illustrés de décors puisés chez les ornemanistes. Ces pièces démontrent à la fois sens artistique élaboré et la virtuosité technique atteinte dès la fin du XVIIe siècle. Ce modèle était reconnu à 22 680 €.

mercredi 20 mars 2019 - 14:00 (CET) - Live
Pescheteau-Badin
Pour des marrons glacés

Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, un dessert délicat est en vogue : les marrons glacés, en fait des châtaignes grillées et recouvertes de sucre. Cuites dans la cendre, elles étaient servies dans les maisons bourgeoises, chaudes sous un linge plié. Des recettes élaborées avaient vu le jour dès le règne de Louis XIV et, surtout, sous celui de Louis XV. Grillés puis pochés au sirop, sucrés et arrosés de jus d’orange ou de limon, ou encore cuits à l’étouffée avec une sauce à la bigarade et fortement sucrée, ces marrons constituent des friandises qui ne déparent par les tables royales ou de la favorite du Bien-Aimé, la marquise de Pompadour… Sa manufacture de Sèvres conçoit donc des récipients spécifiques, qui, suivant la complexité du modèle et la richesse de leur décor, étaient vendus de 108 à 360 livres. Ceux ajourés requéraient un tour de main très technique, pour éviter que les parois se détachent ou s’effondrent pendant la cuisson. Les marronnières sont mentionnées pour la première fois dans l’inventaire du stock en 1757, avec les dénominations «unies» et «à compartiments». L’année suivante, on voit apparaître celles «à ozier», d’autres dites «contournées» et, parmi les pièces en biscuit, des modèles de forme «Pompadour» ou ovales. Le premier type se rapproche du sucrier, ovale à compartiments augmenté de jours ; le deuxième  dont seuls trois exemplaires sont connus  est à plateau détaché, ses motifs ajourés en arches superposées et traversées par des chevrons. Quant à celui «à ozier», auquel correspond la marronnière ici proposée, il repose sur un plateau attaché, son couvercle et son corps sont entièrement ajourés de chevrons disposés en zigzag, autour desquels s’enroulent des rubans.

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