Musique des anges pour Bernardino Luini : 2,3 M€

Le 18 novembre 2019, par Anne Doridou-Heim

Confirmé dans le corpus restreint des œuvres du peintre lombard, ce panneau décrochait un record mondial et invitait à la découverte d’autres maîtres anciens.

Bernardino Luini (autour de 1480-1532), Vierge à l’Enfant avec saint Georges et un ange musicien, huile sur panneau, 103,5 79,5 cm.
Adjugé : 2 300 400 

Le 7 novembre dernier, le timing parfait offert par la promesse d’inscription, par la spécialiste Cristina Quattrini, de cette Vierge à l’Enfant avec saint Georges et un ange musicien au catalogue raisonné des œuvres de Bernardino Luini (autour de 1480-1532), qu’elle s’apprête à publier, levait les derniers doutes sur son attribution définitive à un artiste malmené par l’histoire de l’art ancienne, avant d’être réhabilité par les romantiques (voir Gazette no 35 du 18 octobre, page 20). L’engouement autour de cette huile sur panneau ne se démentait pas depuis plusieurs semaines : la proximité de son auteur avec Léonard de Vinci, dont l’exposition au Louvre depuis le 24 octobre affiche des records d’affluence, la redécouverte d’un chef-d’œuvre longtemps occulté… Les faisceaux convergeaient pour que cette peinture provenant de la prestigieuse collection de sir Francis Cook (1817-1901), réunie sur les conseils avisés de sir John Charles Robinson (1824-1913), conservateur des galeries de peintures de la reine Victoria, suscite la convoitise. Le verdict est tombé, le résultat de 2 300 400 € signant la fin du suspense ainsi que dans la foulée un nouveau record mondial (source : Artnet), doublant pratiquement celui obtenu chez Christie’s à Paris il y a tout juste un an pour Une figure de sainte, en buste, avec une palme et lisant les écritures (1 207 500 €, le 27 novembre 2018). Le tableau, acquis chez Christie’s mais à Londres le 6 juillet 2017 pour le montant dix fois moindre de 200 000 € par un collectionneur allemand, rejoint une nouvelle collection particulière étrangère. Ce résultat était conforté par les deux autres records du monde prononcés, l’un pour une œuvre sur papier de Gustave Doré et l’autre pour un charmant portrait d’enfant d’Adriaen Hanneman, mais également par les prix sérieux obtenus en soirée par des peintures et dessins de différentes origines et époques (voir page de droite), aboutissant à un montant total de 3 211 410 €. La peinture invite à un voyage spatio-temporel et ce n’est pas Eugène Delacroix (1798-1863), pour lequel l’Orient fut une révélation, qui contredirait ce propos. Une aquarelle (21 14 cm) réalisée par l’artiste le long de la côte algérienne y faisait écho à 65 000 €.

 

Un autre record du monde était frappé (source : Artnet). Celui-ci récompensait un tableau d’un charme et d’une fraîcheur indéniables qui a
Un autre record du monde était frappé (source : Artnet). Celui-ci récompensait un tableau d’un charme et d’une fraîcheur indéniables qui avait touché en couverture de notre numéro du 27 septembre (voir Gazette no 32). Ce Portrait d’un enfant tenant une poule (83 60 cm) a été peint vers 1650 par un artiste de l’âge d’or hollandais, Adriaen Hanneman (1603-1671), dont on ne cesse de redécouvrir le talent délicat de portraitiste. Sages l’un et l’autre, le bambin et le volatile volaient vers une juste récompense de 258 200 € ! (M. Millet, expert)
Le musée national des châteaux de Versailles et de Trianon s’enrichit d’une nouvelle image de son roi fondateur grâce à la préemption, pou
Le musée national des châteaux de Versailles et de Trianon s’enrichit d’une nouvelle image de son roi fondateur grâce à la préemption, pour 19 500 € (M. Millet, expert), de ce Portrait de Louis XIV (toile, 85,5 64 cm) attribué à Pierre Rabon (1619-1684). Cet artiste originaire du Havre, formé dans l’atelier de Charles Le Brun, accueille les visiteurs de l’exposition «Créer pour Louis XIV. Les manufactures de la Couronne sous Colbert et Le Brun», théâtralement mise en scène à la galerie des Gobelins jusqu’au 4 décembre, avec un Portrait équestre de Louis XIV lui étant également attribué (Douai, musée de la Chartreuse).
Gustave Doré (1832-1883) découvre Londres en tant qu’observateur peu avant la guerre franco-prussienne de 1870. Il en rapporte quantité de
Gustave Doré (1832-1883) découvre Londres en tant qu’observateur peu avant la guerre franco-prussienne de 1870. Il en rapporte quantité de croquis et dessins qui serviront d’illustrations à l’ouvrage London : a Pilgrimage, publié d’abord en Angleterre en 1872, puis en France en 1876. Là comme dans l’essentiel de son œuvre, il signe des images entre visions réelles et imaginaires qu’il reprendra par la suite pour les retranscrire en de grandes feuilles abouties. En témoigne cet Entreposage en ville (52 87,9 cm), une aquarelle sur trait de crayon et rehauts de gouache, qui lui vaut à 119 600 € un nouveau record mondial pour une œuvre sur papier de l’artiste (source : Artnet).
La douce mélodie des anges résonnait à nouveau, cette fois sur ce panneau réalisé au XVe siècle par l’atelier de Robert Campin, dit le Maî
La douce mélodie des anges résonnait à nouveau, cette fois sur ce panneau réalisé au XVe siècle par l’atelier de Robert Campin, dit le Maître de Flémalle. La Vierge à l’Enfant dans une abside (34,5 26 cm) dégageait une profonde spiritualité, mise en valeur par sa carnation nacrée en harmonie avec sa longue robe : une vision de pureté sise dans une architecture gothique et entourée de deux anges musiciens. Nimbé de tant de qualités, le tableau était relevé à 123 500 €. (M. Millet, expert)
jeudi 14 novembre 2019 - 18:00 - Live
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