L'art de la laque sous l'empereur Yongle : plus de 2 M€

Le 13 décembre 2019, par Anne Doridou-Heim

Elle faisait partie des highlights de la semaine asiatique de Drouot. Banco : en retenant 2 060 800 €, elle y devient l’objet le plus cher de la spécialité et de la saison à l'hôtel des ventes.

China, early 15th century, round red lacquer box carved with five camellia flowers and buds in foliage on a yellow background, tiara flowers, chrysanthemums, peonies and camellias, on the reverse side the Yongle needle mark with six kaishu characters, the inner side of the lid decorated with a Qianlong poem added later, h. 7.5, diam. 23.2 cm.
Result: €2,060,800

Lors des sessions dévolues à l’Asie, la seule véritable inconnue est l’objet qui va obtenir le plus haut suffrage et surprendre. Cette fois-ci, il s’agit donc de cette boîte en laque rouge, richement sculptée d’un décor floral de chrysanthèmes, camélias, pivoines et tiarés, que vous aviez pu voir dans l’»Événement» de la Gazette no 42 du 6 décembre (page 14) : une pièce d’une rondeur parfaite qui exalte la qualité des productions sous Yongle (1403-1424). Ce troisième empereur de la dynastie Ming, sous un nom qui signifie «Joie éternelle», sera remarquable à de nombreux égards. Œuvrant avec un grand sens de la pondération, il rétablit la tolérance religieuse et la prospérité économique, minée précédemment par la guerre civile, ainsi que la paix avec les tribus mongoles et autres peuples nomades du Nord. Autant de bienfaits ne pouvant mener qu’à un épanouissement de la culture, c’est aussi lui qui commanda une compilation d’un grand nombre de textes anciens couvrant l’astronomie, le théâtre, la géographie, l’humanité et bien sûr, les arts ! Sensible au travail de la laque, il lui permettra d’atteindre un niveau jamais atteint, les laques sculptés de personnages dans un paysage ou de motifs floraux sur un dessin très réaliste confinant à la perfection. Certaines pièces, comme celle-ci, portent la marque de Yongle finement gravée à l’aiguille. On raconte même qu’à l’époque suivante les artistes, ne pouvant égaler la qualité de leurs prédécesseurs et craignant d’être punis, achetaient des boîtes portant cette marque aux eunuques du palais, et les masquaient avec celle dorée de leur empereur ! Le poème de Qianlong (1735-1766) gravé postérieurement à l’intérieur du couvercle est un deuxième atout. Dernière chose : cette pièce provient de l’ancienne collection d’un colonel de la Marine, présent à Canton en septembre 1861, d’où il expédia six caisses d’objets chinois et indochinois, en précisant à l’adresse de sa famille : «Quant aux objets, je recommande de ne pas les laisser trop exposer parce que plusieurs d’entre eux ont pour moi un grand prix. Ainsi les objets en laque de Pékin que tu désignes sous le nom de bois rouge sont rares et estimés même en Chine, où ils se vendent fort cher». Sic.

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