Chagall en équilibre

Le 19 décembre 2019, par Anne Doridou-Heim

Ne laissant leur place à personne, les deux chèvres de la fable avançaient vers le succès sous le croissant de lune.

Marc Chagall (1887-1985), Les Deux Chèvres (Fables de La Fontaine), gouache, vers 1927, 49,5 40,5 cm.
Adjugé : 510 400 

Marc Chagall déjouait, sans l’avoir cherché, la morale de Jean de La Fontaine. En effet, dans la fable «Les deux chèvres», parue en février 1691 dans Le Mercure galant, les herbivores se retrouvent face à face sur un pont constitué d’une planche étroite. Aucune («toutes deux étant fort fières») ne voulant céder le passage à l’autre, «leur chute fut commune». Eh bien, ici peintes à la gouache sur un fond de ciel bleu auréolé d’un croissant de lune cher au maître de l’imagination, elles marchaient de concert vers un succès de 510 400 €, et leur «certain esprit de liberté» qui «leur fait chercher fortune» trouvait là une conclusion heureuse. Autres temps, autres mœurs… Ainsi que l’article de la Gazette no 42 (voir l'article Chagall, de la poésie à la peinture page 53) le détaillait, cette œuvre bénéficiait de nombreux atouts pour filer droit vers ce résultat, notamment sa récente redécouverte. Marc Chagall, arrivé à Paris en 1910, y a mis beaucoup de son affection pour son pays d’accueil, s’absorbant tout entier dans cette commande de l’illustration des Fables passée par Ambroise Vollard, sans pour autant oublier ses racines russes et les contes de son enfance, auxquels elles font parfois écho… L’art moderne poursuivait une route pavée de récompenses, puisque l’œuvre de Pierre Bonnard (1867-1947) Rue à Paris, peinte vers 1896 (reproduite page 36), allait d’un pas tranquille jusqu’à 178 640 €. Avec son regard empreint d’interrogation et esquissant un sourire, la charmante femme, protégée du froid par son manchon de fourrure et son chapeau, illustre l’art de vivre parisien du tournant du XXe siècle, tout comme le Portrait de Marie de Rohan-Chabot, princesse Lucien Murat, réalisé en 1907 par un ténor du portrait mondain, Jacques-Émile Blanche (1861-1942). La toile de format ovale (108 76 cm), était décrochée à 15 312 €. Une douce mélodie suivait celle de trois études aux crayons de Gustave Boulanger (1824-1888), préparatoires à son œuvre peinte à l’Opéra de Paris. Ces trois feuilles (30 18 cm chacune) étaient préemptées à 1 021 € par la BnF, pour son département de la musique.

Pierre Bonnard (1867-1947), Rue à Paris, vers 1895, huile sur carton contrecollé sur panneau parqueté, 49,5 x 35 cm (carton), 50,5 x 36 cm
Pierre Bonnard (1867-1947), Rue à Paris, vers 1895, huile sur carton contrecollé sur panneau parqueté, 49,5 35 cm (carton), 50,5 36 cm (panneau). Mercredi 11 décembre, salle 1 - Drouot-Richelieu. Maigret (Thierry de) OVV. Mme Sevestre-Barbé, M. de Louvencourt.
Adjugé : 178 640 
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