L’âme de la Pologne

Le 17 octobre 2019, par Anne Doridou-Heim

Sur un air de mazurka de Chopin, cette large composition du Polonais Edward Okun était enlevée à 91 448 € et signait un record mondial.

Edward Okun (1872-1945), Mazurka de Chopin, 1911, huile sur toile, 50 103 cm.
Adjugé : 91 448 

L’âme de la Pologne est actuellement sur les cimaises du Louvre-Lens, au sein d’une exposition rare en France qui retrace ce moment si particulier où les peintres s’attachèrent à redonner une identité à leur pays, si longtemps partagé entre les puissances voisines («Pologne 1840-1918. Peindre l’âme d’une nation», jusqu’au 20 janvier 2020). Et comment faire plus polonais qu’une danse populaire revue par Frédéric Chopin ? En dressant cette vaste composition, intitulée Mazurka de Chopin, Edward Okun (1872-1945) rejoint le mouvement. Son pinceau se lâche et se perd au milieu de ces couples en habits traditionnels qui tourbillonnent au son d’un violon. Ainsi que vous le précisait la Gazette n33 du 4 octobre (voir l'article De la musique à la peinture page 62), l’œuvre était totalement inédite et son créateur, des plus rares sur le marché français. Tout était réuni pour qu’elle s’envole et atteigne 91 448 €, établissant un record mondial original (source : Artnet) puisque sa cote est établie habituellement sur son sol d’origine. Un beau final pour une toile qui dialogue avec l’histoire de son pays. La vacation avait par ailleurs un fort accent slave et poursuivait son exploration avec le XXe siècle, alors que le pays, à l’issue de la Première Guerre mondiale, a enfin retrouvé son indépendance après cent vingt-trois ans d’absence sur la carte de l’Europe. Une huile sur toile d’Henri Epstein (1891-1944), peinte vers 1922 et représentant des Gardeuses de vaches (50 61 cm), recevait 9 145 €. Réalisée avec de larges aplats de couleurs contrastées, elle offre l’une des images les plus expressives et les plus fortes peintes par Epstein. On sent chez lui des réminiscences des fauves et de l’expérience cézannienne. Datant des mêmes années 1920, des Arbres en fleurs (46 55 cm) de Léon Weissberg (1895-1943) étaient remarqués à 5 410 €. Deux noms d’artistes qui mourront en déportation mais résonnent pour toujours avec ceux des autres Polonais de cette génération venus chercher la modernité en France. Tous participeront à la notoriété de la bien nommée «École de Paris» et à la place de la peinture polonaise dans l’art du XXe siècle.

mardi 08 octobre 2019 - 14:00 - Live
9, rue Drouot 75009 Paris
Oger - Blanchet , Jean-Jacques Mathias
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