«Crésus Crozat» part pour Montpellier

Le 28 janvier 2021, par Anne Doridou-Heim

Le musée Fabre fait une nouvelle fois mouche en emportant ce portrait d’Antoine Crozat par Alexis-Simon Belle, présenté lors de la dispersion des dernières collections du Crédit foncier de France.

Alexis-Simon Belle (1674-1734), Portrait d’Antoine Crozat, marquis du Châtel, revêtu de l’habit de l’ordre du Saint-Esprit, dont il fut le grand trésorier de 1715-1724, huile sur toile, 138 105 cm.
Adjugé : 30 480 

Voici une nouvelle préemption tout à fait dans l’esprit du musée Fabre. En effet, l’institution montpelliéraine est très présente sur le marché de l’art – ventes publiques, salons et galeries – pour enrichir ses collections, notamment de peintures et de sculptures se rattachant à son histoire. Les pages de la Gazette se font d’ailleurs régulièrement l’écho de ces acquisitions. En toute logique, elle ne laissait pas lui échapper ce Portrait d’Antoine Crozat, marquis du Châtel, réalisé par Alexis-Simon Belle (1674-1734). Et ce, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, l’homme, né en 1655 et décédé en 1738, a fière allure, revêtu de l’habit de l’ordre du Saint-Esprit – il en fut le grand trésorier de 1715 à 1724 –, et l’exécution du tableau montre la dextérité dont Belle savait faire preuve dans les portraits officiels. Ensuite, le parcours du modèle rejoint celui de l’histoire de France, – la fin du règne de Louis XIV en l’occurrence (voir l'article Les derniers feux de la collection du Crédit foncier de France de la Gazette n° 1, page 23). Selon Pierre Ménard, qui lui a consacré une biographie en 2017, Le Français qui possédait l’Amérique. La vie extraordinaire d’Antoine Crozat, milliardaire sous Louis XIV (éditions du Cherche-Midi), sa fortune personnelle s’élevait, à la mort du Roi-Soleil, à 20 millions de livres, soit l’équivalent de plus de 300 Md€ d’aujourd’hui… Cette somme, qui laisse songeur, a été acquise en grande partie grâce au commerce triangulaire et à de multiples malversations financières, voilà qui est moins noble… Voltaire le surnommait d’ailleurs «Crésus Crozat». Enfin, le portrait du financier, acquis pour la somme de 30 480 €, va retrouver celui, admirable, de son épouse, réalisé par Jacques André Joseph Aved (1702-1766), qui est accroché de longue date au musée. Auparavant, Antoine Crozat figurait aux murs du Crédit foncier de France, accompagné d’une version donnée à l’atelier d’Aved (138 108 cm), acquise à la galerie Cailleux en même temps que sa personne pleine de superbe et cette fois s’en allant vers une nou

Porcelaine de Vincennes 1754 par Boucher

Le 28 janvier 2021, par Anne Doridou-Heim

Des angelots mangeant du raisin portaient un pot en porcelaine tendre de Vincennes dans les nuées, aux côtés d’objets provenant des derniers feux du Crédit foncier de France.

Manufacture de Vincennes, pot à lait en porcelaine tendre décoré de deux angelots dans les nuages mangeant du raisin d’après François Boucher (1703-1770), dans une réserve de fleurs et feuillages se détachant sur un fond vert, monture en or ciselé, lettre-date de 1754, h. 12 cm.
Adjugé : 133 350 

Ce pot à lait, reproduit page 49 de la Gazette n°2 (voir l'article Vincennes d'après Boucher), ne provenait pas des collections du Crédit foncier, mais il n’avait pas besoin de cette provenance tant sa qualité était grande, qui l’a mené à un résultat de 133 350 €. Les belles et rares porcelaines anciennes continuent donc de séduire un public averti et atteignent des enchères à six chiffres. Il est vrai que celle-ci cumulait les bons points : ayant été exécutée à la manufacture de Vincennes et donc en pâte tendre en 1754, vraisemblablement peinte par Charles-Nicolas Dodin (1734-1803) – tout nouvellement entré à la manufacture et à 20 ans déjà talentueux – selon un dessin de François Boucher d’angelots mangeant du raisin dans les nuages, elle est enrichie d’une monture parisienne en or ciselé et arbore un radieux fond vert. Les fées porcelainières étaient bien présentes lors de son élaboration. Un canard formant une terrine, en un trompe-l’œil savamment réussi par la fabrique strasbourgeoise de Paul Hannong, en restait coi ! Cette pièce (h. 34 cm, l. 36 cm), témoignage des meilleures productions faïencières de la cité alsacienne au XVIIIe siècle, prenait son envol à 27 940 €. Retour sur les œuvres du Crédit foncier pour signaler les 27 940 € du Portrait d’Éléonore de Tolède et de son fils François de Médicis, une huile sur panneau (118 90 cm) exécutée d’après l’original dans l’atelier de Angelo di Cosimo Allori, plus connu sous son pseudonyme de Bronzino (1503-1572). Au chapitre des objets d’ameublement, une pendule en biscuit et bronze doré ornée d’un amour accompagné de Bacchus, et réalisée par la manufacture du duc d’Angoulême vers 1790 (reproduite dans l’Événement consacré à la dispersion par la Gazette n° 1, page 20, voir l'article Les derniers feux de la collection du Crédit foncier de France), sonnait 24 130 €. La somme de 30 480 € était décrochée par une tapisserie en laine et soie (297 597 cm), tissée à Bruxelles au XVIIe siècle. Celle-ci, figurant l’Europe, appartenait à la Tenture des Continents, dont une série complète est conservée au Museu Nacional de Arte Antigua de Lisbonne. Enfin, une marquise semblait prendre de l’âge, ce qui pour une fois ne lui nuisait pas ! En effet, un fauteuil de ce type (91 118 60 cm), en bois doré à riche décor sculpté de frise feuillagée, enroulements et palmettes, de style Louis XVI, siégeait à 54 610 €. Un résultat plus conforme à un meuble d’époque.

Panorama (après-vente)

Lumière foncière

Le 28 janvier 2021, par Anne Doridou-Heim

Le bureau du gouverneur du Crédit foncier de France affichait la majesté seyant à la fonction de son occupant. Fauteuils, bureau, luminaires… tout exprimait le grand goût classique des styles Louis XV et Louis XVI. Cet ensemble était dispersé le vendredi 22 janvier à Drouot par Beaussant Lefèvre (MM. Bacot, de Lencquesaing). Une paire de candélabres de la première moitié du XIXe siècle, ornés de vestales en bronze patiné tenant chacune une corne d’abondance, d’où s’échappe un bouquet de six lumières en bronze doré (h. 97 cm), s’éclairait d’une enchère de 17 780 €.

vendredi 22 janvier 2021 - 13:00 - Live
Beaussant Lefèvre
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