Portrait en pied(s) de l’Empereur

Le 05 décembre 2019, par Anne Doridou-Heim

Dotées d’une traçabilité parfaite, ces bottes attribuées à Napoléon Ier chaussaient 117 208 €.

Paire de bottes à l’écuyère attribuée à l’empereur Napoléon Ier, maroquin noir, semelles à petits talons, doublure de fine peau naturelle, avec ses deux tirants en toile tissée et rainurée, h. 48 cm, l. (du pied) 26,5 cm.
Adjugé : 117 208 

Napoléon Bonaparte (1769-1821) chaussait du 40. Voilà l’information que nous communiquait cette paire de bottes en maroquin noir, à semelles à petits talons et hautes de 48 cm (l’Empereur mesurant 168,5 cm, on comprend l’impression de tassement donnée par ses portraits en pied). Leur traçabilité remontant jusqu’au général Bertrand (1773-1844), le fidèle des fidèles, compagnon de la dernière heure à Sainte-Hélène (voir l'article Bicorne et bottes de cuir de la Gazette 40 du 22 novembre, page 55), il était difficile de faire plus fiable. Nouvelle preuve de l’engouement que ces souvenirs historiques suscitent, cette paire «à l’écuyère» emportait à 117 208 € le combat des enchères. Il n’était point question d’élégance pour l’Empereur, mais de confort et de souplesse, étant souvent sur les champs de bataille. La simplicité de ces bottes à revers s’accordait à celle de la fameuse redingote de drap gris, signant avec elle sa silhouette plus certainement encore que son habit de sacre ! Il en était grand consommateur et ce, dès le début de l’Empire, les commandant au bottier Jacques, installé à Paris rue Montmartre, pour 80 francs de l’époque. Un modèle qui est entré dans la grande histoire grâce aux peintures des hérauts de l’Empire, Horace Vernet et François Gérard, mais également à un tableau de Paul Delaroche peint en 1840 (l’année même du retour de ses cendres), Napoléon à Fontainebleau (Paris, musée de l’Armée) : une œuvre qui exprime la solitude de l’homme à quelques jours de sa chute.

Un joli naturel

Le 05 décembre 2019, par Anne Doridou-Heim

Une charmante modiste au pastel décrochait un record mondial pour une œuvre sur papier d’Émile Friant.

Émile Friant (1863-1932), La Modiste, 1890, pastel, 63 46,5 cm.
Adjugé : 324 030 

Était-elle aussi délicate que celle-ci, la modiste du roman d’Émile Zola Au Bonheur des dames ? On peut se plaire à le croire. En revanche, les deux Émile étaient bien deux grands tenants d’un même courant, l’un en étant le chef de file dans l’écriture, l’autre dans la peinture. En effet, Émile Friant (1863-1932), né dans une famille de Moselle réfugiée à Nancy après la guerre de 1870 et grand maître de l’école de la ville, est l’un des principaux maîtres du naturalisme (à l’instar de son confrère Jules Bastien-Lepage), un ample mouvement artistique qui se diffuse dans toute l’Europe entre 1880 et 1900. Il est question de s’attacher à décrire la réalité telle qu’elle est, et non pas telle qu’elle devrait être, et d’aller puiser ses sujets dans la vie quotidienne et les classes laborieuses. Sur la tête de cette Modiste fidèlement observée au pastel en 1890 (voir également l'article Maître du réalisme page 60 de la Gazette n° 40 du 22 novembre), une enchère de 324 030 € était déposée : un résultat lui valant d’obtenir un record mondial pour une œuvre sur papier de l’artiste (source : Artnet), tout à fait inattendu et bien supérieur à son estimation. Friant n’en avait pas fini de séduire car son Portrait de Madame Gustave Paul, une huile sur panneau de 1888, s’installait pour sa part à 122 360 €. Posant dans un intérieur typique de l’ambiance fin de siècle des lieux ouverts aux arts, la dame, épouse d’un notaire influent et fidèle soutien de nombreux créateurs (dont Émile Friant), regarde le peintre droit dans les yeux et esquisse un sourire. À l’arrière-plan de la composition figure une sculpture représentant une jeune enfant dessinant. Son auteur est connu et se nomme Mathias Schiff (1862-1886), un artiste lorrain lui aussi. Ces deux œuvres, qu’acccompagnaient une Élégante au chapeau (24 21,5 cm) à l’aquarelle (7 728 €) et un Homme et son chat auprès du poêle (30,5 22 cm) à l’huile sur toile (83 720 €) de l’artiste, provenaient d’une même collection particulière.

Émile Friant, Portrait de Madame Gustave Paul, 1888, huile sur panneau, 54,5 x 45 cm. Adjugé : 122 360 €
Émile Friant, Portrait de Madame Gustave Paul, 1888, huile sur panneau, 54,5 45 cm.
Adjugé : 122 360 
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