Deux Bugatti plutôt qu’un

Le 13 juin 2019, par Anne Doridou-Heim

Sculptés par Rembrandt Bugatti, les animaux de nos forêts marchaient devant ceux de la savane, formant une jolie harde qui ne craignait pas de dangers.

Rembrandt Bugatti (1884-1916), Deux daims se suivant, épreuve à patine brune, fonte d’édition ancienne de A.A. Hébrard, cachet de fondeur, vers 1905, justificatif de tirage no 3, h. 29, base 50 15 cm.
Adjugé : 216 920 

De la tendresse d’un côté, de l’allure et des bois fièrement dressés de l’autre : deux groupes de Rembrandt Bugatti (1884-1916) se retrouvaient à avancer de concert. Tous deux sont des fontes anciennes d’Hébrard, le compagnon de route indispensable du sculpteur italien. Mais si celui des Deux antilopes koudou aussi nommé Deux amis a été exécuté vers 1911 en trente-deux exemplaires, celui des Deux daims se suivant (reproduit ci-contre), réalisé vers 1905, n’existe qu’en trois épreuves répertoriées, ainsi que l’article page 61 de la Gazette  n°21 du 31 mai (voir l'article Les cervidés, compagnons de Bugatti) le rappelait. La différence de prix entre les deux bronzes s’explique donc aisément : 127 600 € pour le premier, 216 920 € pour le second. Bugatti continue d’occuper le devant de la scène des enchères… Vente après vente, l’appétence des collectionneurs pour ce grand parmi les grands animaliers ne se dément pas !
Le bleu de Dufy
L’après-midi avait débuté avec de la peinture moderne. Raoul Dufy (1877-1953) y apparaissait auteur d’une gouache nous emmenant Au jardin public (48 63,5 cm), accrochée à 38 280 €, et d’une huile sur toile réalisée avant 1938 l’œuvre fut exposée à la Kunsthalle de Bâle en mai-juin de cette année-là et retenue à 61 248 €. Sur cette Promenade au bord de la mer (32,5 63,5 cm), traduite dans des touches de bleu lapis-lazuli, des passants éclairés de coups de pinceau blanc évoluent par petits groupes sensibles au spectacle des flots. Raoul Dufy est actuellement et jusqu’au 3 novembre sur les cimaises du MUMA du Havre, ville où il a vu le jour et s’est engagé dans sa carrière artistique. Il y demeurera profondément attaché et y puisera de nombreux sujets, notamment pour les œuvres de ce que les commissaires de l’exposition nomment sa «période bleue» de l’entre-deux-guerres. Pour lui, Le Havre n’est pas qu’une ville… C’est aussi une atmosphère, une luminosité particulière, dont il aimait à dire : «Malheur à l’homme qui vit dans un climat éloigné de la mer. Le peintre a besoin d’avoir sans cesse sous ses yeux une certaine qualité de lumière, un scintillement, une palpation aérienne qui baigne ce qu’il voit».

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