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Du nouveau réalisme aux sculptures des Lalanne

Publié le , par Philippe Dufour

La dispersion de la collection Melat-Passerieu - Restany permettait aux amoureux des années 1960 d’acquérir des œuvres de Mimmo Rotella, François-Xavier et Claude Lalanne, Niki de Saint Phalle, Hisao Domoto ou encore Alina Szapocznikow…

Du nouveau réalisme aux sculptures des Lalanne
François-Xavier Lalanne (1927-2008), lampe Pigeon, vers 1991, épreuve en bronze, cuivre patiné et verre dépoli, signée des initiales, numérotée 803/900, éditions Artcurial, Paris, 22 25 13,5 cm.
Adjugé : 34 160 

Le catalogue, bien fourni, dressait l’inventaire des pièces peuplant, à Trouville, l’appartement de Jean-Louis Melat-Passerieu, époux de Jeanine Restany, la légendaire galeriste de Saint-Germain-des-Prés (voir l'article Collection Melat-Passerieu et Jeanine Restany de la Gazette n° 15, page 106). La vacation faisait la part belle à Mimmo Rotella, star de l’affiche lacérée, comme celle, acquise pour 30 500 €, Sans titre, de 1963, avec arrachage, et dédicacée à Jeanine. Suivait, toujours de l’Italien, contre 18 910 €, Visage, une impression sur papier montée sur toile, signée et datée 1966. Venue de Prague à Paris dès 1947, Alina Szapocznikow s’était fait une spécialité de moulages de parties du corps ; on la retrouvait ici avec Les Meilleures Perspectives pour 1969 (hommage à Pierre Restany), une sculpture en résine mêlant polyester, gaze, photos et matériaux divers, datée, titrée et dédicacée, achetée pour 29 524 €. Ou encore avec Love de 1970, tout aussi fétichiste, une sculpture faisant appel aux mêmes matériaux, plébiscitée cette fois à 15 494 €. Les recherches plastiques du Japonais Hisao Domoto étaient illustrées par Sans titre, de 1963-1968, un assemblage de lamelles de cuivre sur panneau, située à Paris au dos (18 544 €). Puis, un couple célèbre de créateurs faisait son entrée : François-Xavier et Claude Lalanne. Du premier, on pouvait acheter 34 160 € une lampe Pigeon  épreuve en bronze, cuivre patiné et verre dépoli, des alentours de 1991, et numérotée 803/900, aux éditions Artcurial. Et de son épouse, on se parait, en échange de 10 980 €, d’un collier collerette, en bronze doré, annoté «C. Lalanne» et numéroté 5/8, également aux éditions Artcurial. Mais l’évocation de cette période bouillonnante ne serait pas complète sans Niki de Saint Phalle, autrice d’une Nana de Berlin ou la Baigneuse, en polyester peint, numérotée 452sur 500 exemplaires (10 736 €).

samedi 27 avril 2019 - 14:00 (CEST) - Live
Caen Enchères
Collection Melat-Passerieu et Jeanine Restany

Le «J» de la galerie J, c’était elle ! Jeanine Restany ouvre le 17 mai 1961 ce lieu emblématique du nouveau réalisme au 8, rue Montfaucon, à Paris. Ancienne assistante à la galerie René Drouin, Jeanine de Goldschmidt était également à cette époque la compagne de Jean Restany (1930-2003). Le critique d’art, écrivant pour la revue Domus, est à l’origine de la création de ce mouvement avec la publication, le 16 octobre 1960, du premier manifeste du groupe fondé par son ami Yves Klein, Arman, Martial Raysse, Daniel Spoerri, Gérard Deschamps, César, mais aussi Niki de Saint Phalle, Jean Tinguely et Christo, sans oublier les affichistes Jacques Villeglé, Raymond Hains et Mimmo Rotella. À une époque où l’abstraction lyrique a le vent en poupe, Restany fait le pari d’une peinture différente, en lien direct avec notre réalité, celle d’un monde urbain envahi par la publicité et la consommation. Si la galerie J ferme ses portes en 1966, en raison de problèmes financiers, elle aura été le cadre de grandes expositions et du lancement d’artistes majeurs, alors en devenir, à l’image de Niki de Saint Phalle en 1961, avec ses célèbres tirs à la carabine, ou de Daniel Spoerri en 1963, avec son Restaurant ouvert au public durant dix jours. Les Restany poursuivront leurs aventures artistiques, chacun de leur côté, et Jeanine se mariera avec Jean-Louis Melat-Passerieu. Cette vente verra ainsi la dispersion des œuvres se trouvant encore dans leur appartement de Trouville, à la mort de celui-ci.
Il avait vendu, depuis la disparition de son épouse, un grand nombre d’objets de la collection, mais en avait également conservé quelques-uns à Paris et en Normandie. Depuis son décès en 2015, sa succession semblait à l’arrêt, et ce sont finalement les Domaines qui ont contacté les commissaires-priseurs de Caen. Ces derniers ont découvert avec étonnement, dans cet appartement d’une quarantaine de mètres carrés, une petite soixantaine de créations d’artistes importants de la seconde moitié du XX
e siècle.

 

 
François-Xavier Lalanne (1927-2008), Lampe pigeon, vers 1991, épreuve en bronze, cuivre patiné et verre dépoli, signée des initiales, numérotée 803/90
François-Xavier Lalanne (1927-2008), Lampe pigeon, vers 1991, épreuve en bronze, cuivre patiné et verre dépoli, signée des initiales, numérotée 803/900, édition Artcurial, Paris, 22 25 13,5 cm.
Estimation : 12 000/15 000 

Des affichistes à l’art informel
Les membres du nouveau réalisme occuperont bien sûr le devant de la scène, tel l’affichiste Mimmo Rotella  ami de Pierre Restany depuis leur rencontre à Rome en 1958 , qui participa à la première exposition de la galerie J, «40° au-dessus de Dada», en 1960. Son affiche lacérée et arrachée de 1963, dédicacée à Jeanine Restany en souvenir du Festival des nouveaux réalistes de Munich, en 1963, est annoncée à 2 000/4 000 €. Son homologue français, Raymond Hains, proposera une affiche de 1965, avec une estimation de 3 000/4 000 €. C’est à Pâques de cette année-là, lors d’une de ses nombreuses visites dans l’atelier de Peter Brüning à Ratingen, que le couple Restany s’est vu offrir une technique mixte et collage de cartes : une œuvre du début de carrière de cet artiste rattaché à l’art informel qui, à cette époque, commence à utiliser dans ses paysages le motif de la carte routière (2 000/3 000 €). Sa série des «Légendes» naît de cette nouvelle iconographie. Mais Jeanine Restany saura également élargir ses horizons afin de découvrir des artistes modernes et novateurs. C’est le cas du Japonais Hisao Domoto (1928-2013), installé en France en 1955 et qui se détacha peu à peu de l’art traditionnel nippon pour se laisser séduire par l’abstration puis par l’art informel. Annoncée à 5 000/7 000 €, l’œuvre de 1963-1968 composée d’un assemblage de lamelles de cuivre sur panneau présentée dans cette collection rompt avec l’art pictural pour aborder la matière brute et son potentiel tridimensionnel.

 

Peter Brüning (1929-1970) et Claude Bellegarde (né en 1927), Sans titre, 1965, technique mixte et collage de cartes, plans et éléments divers, 1965, 5
Peter Brüning (1929-1970) et Claude Bellegarde (né en 1927), Sans titre, 1965, technique mixte et collage de cartes, plans et éléments divers, 1965, 50 68 cm.
Estimation : 2 000/3 000 

Moulages et sculptures
Parmi les artistes découverts par les Restany, Alina Szapocznikow (1926-1973) occupe une place toute particulière. C’est le 11 avril 1967 que Pierre inaugure la première exposition individuelle de cette artiste polonaise à la galerie Florence Houston Brown, à Paris. Le succès sera tel que l’événement voyagera ensuite à Varsovie puis à Stockholm et Copenhague. Szapocznikow débute alors sa production de moulages de parties du corps, qu’elle intègre dans ses sculptures, à l’image de celle en résine polyester et gaze, Love, datée 1970, dont on attend 3 000/4 000 €. D’un couple à l’autre… Les Lalanne exposèrent pour la première fois en 1964 leur travail à la galerie J, sous le titre «Zoophites». Alors que l’on a appris récemment la mort de Claude Lalanne, à 93 ans, l’une des œuvres emblématiques de son mari, François-Xavier, la Lampe pigeon, sera présent au cœur de cette sélection (12 000/15 000 €). Cet oiseau appartient au bestiaire que l’artiste a introduit dans les intérieurs depuis le début des années 1950. Une simplification des formes au service d’une recherche de l’essentiel règne sur ses sculptures, devenues grâce à lui fonctionnelles. Enfin, la collection est aussi composée de photographies et de lithographies ayant appartenu à Jean-Louis Melat-Passerieu, dont une épreuve argentique d’un Projet d’édifice public de Christo, de 1961 (800/1 200 €), ou encore d’une sérigraphie sur caisson plastique thermoformé d’Alain Jacquet, Exposition galerie Iolas (One man show) (1 800/2 000 €). 

 

Alain Jacquet (1939-2008), Exposition galerie Iolas (one man show), 1964, sérigraphie sur caisson plastique thermoformé dans boîte en bois, signé et d
Alain Jacquet (1939-2008), Exposition galerie Iolas (one man show), 1964, sérigraphie sur caisson plastique thermoformé dans boîte en bois, signé et daté, 38,5 57 16 cm.
Estimation : 1 800/2 000 
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