Porter sa croix peut mener à un haut résultat

Le 21 mars 2019, par Anne Doridou-Heim
Vallée du Rhône, XIXe siècle. Croix d’équipage de barque patronale aux instruments de la Passion, bois d’essences diverses polychromés, h. 186 cm, l. 100 cm.
Adjugé : 36 830 

Le musée des Mariniers de Serrières, dans l’Ardèche, s’enorgueillit d’abriter un fort bel ensemble de ces croix d’équipage destinées aux barques patronales, dont un certain nombre fut justement offert par Isidore Cuminal (1863-1938), propriétaire d’une grande entreprise de halage entre Lyon et Marseille. Ce sont ses descendants qui mettaient en vente ce rare modèle haut de 186 cm, porté jusqu’à 36 830 €. Un résultat particulièrement élevé puisque deux croix analogues, moins ambitieuses, recueillaient 7 874 et 787 €. Les croix de marinier sont quelques-unes des pépites de l’art populaire. Dès la fin du XVIIIe siècle, ces objets bénis par le prêtre avant la descente ou la remonte du Rhône sont posés en figure de proue sur la péniche de transport du patron de l’équipage et personnalisés par leurs auteurs en fonction de leur propre histoire. C’est pourquoi elles sont encore appelées «croix patronales», «croix de confrérie» ou «croix d’équipage». Les mariniers les réalisaient pendant leur temps libre, à partir de bois échoué ou flotté trouvé sur les bords du fleuve, et les peignaient de couleurs vives. Celle-ci est traditionnellement enrichie des divers instruments de la Passion : tenaille, marteau, glaive, lance… Il faut y voir aussi une présence humaine puisque ces outils, s’ils sont ceux du calvaire, sont également nécessaires aux bateliers. Les passerelles entre profane et sacré ne s’arrêtent pas là ! On retrouve par ailleurs tout en haut le bateau à fond plat typique des péniches, puis le coq, symbole du travail comme celui du reniement de Pierre , les palmes, qui sont le végétal associé à l’eau, ainsi que le ciboire et le calice, matérialisant la quête de perfection de tout marinier. Chargée d’autant de symboles, la croix devient un évangile historié, facilement décryptable par tous et assurant protection. Dans cette vente, grandement dévolue aux objets de curiosité et relevant de l’art populaire, se dénichaient également quelques maquettes dont un chef-d’œuvre de Louis Mazerolle (1842-1899), compagnon en passe de devenir charpentier du Devoir, autrement nommé «Bourbonnais Va de Bon Cœur» voir Gazette no 9 du 8 mars page 54. Cette pièce de belle envergure (148 118 86 cm) se déployait à 7 620 €.

Panorama (après-vente)

Sous le pont de Nevers

Le 21 mars 2019, par Anne Doridou-Heim

Un train de bateaux de Loire, salué par un homme, défile devant le pont de Nevers, sous un soleil éclatant. Cette scène constitue le décor d’un saladier (diam. 32 cm) dit «au pont de Nevers», appartenant aux faïences patronymiques les plus prisées de la cité bordant le fleuve, dont un ensemble était proposé par la maison De Baecque et Associés à Drouot, le mercredi 13 mars (Mme Finaz de Villaine). Celui-ci, daté 1792, était retenu à 26 670 €. Dès le XVIIIe siècle, la manufacture, cherchant à se dégager des influences italiennes apportées par les potiers transalpins, puise ses sujets dans la vie locale et quotidienne. Cette tendance sera renforcée avec l’arrivée de la Révolution, puis de l’Empire.

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