Tanguy pour la peinture, Royère pour la lumière

Le 11 mars 2021, par Anne Doridou-Heim

Yves Tanguy et Jean Royère, chacun ténor en son domaine, ont illuminé les enchères de leurs formes organiques.

Yves Tanguy (1900-1955), Elle viendra, 1950, huile sur toile, 46 35,5 cm (détail).
Adjugé : 892 800 

L’étonnant monde intérieur d’Yves Tanguy, trop hermétique à son époque pour lui valoir succès et sécurité financière, est aujourd’hui parfaitement perçu. Son huile sur toile de 1950, intitulée énigmatiquement Elle viendra, était comprise à 892 800 €. En page 52 de son n° 8 du 26 février (voir l'article Les mondes d’Yves Tanguy), la Gazette rappelait l’indéfectible amitié liant l’artiste franco-américain et le couple formé par Marie-Louise et Jehan Mayoux, dans la famille desquels ce tableau demeura jusqu’à cette vente. Son esthétisme particulier, élaboré à partir de formes étranges – des «êtres-objets», ainsi que Breton les définissait –, évolue vers plus de simplification. Ces figures échappant à toute ressemblance, si ce n’est à celles de pétrifications minérales, ne prolifèrent plus et sont alignées statiquement au premier plan de l’espace, sur fond de ciel postapocalyptique. Ici, sorte d’obélisques, elles pointent, un brin menaçantes. Rien de commun avec les ondulations enchevêtrées de Jean Royère. Le designer phare des années 1950-1960, auteur de meubles devenus iconiques, a appris à domestiquer la lumière. Non pas pour l’emprisonner, bien au contraire : il la laisse évoluer en la suspendant à des formes libres, tout en mouvement. La nature le conseille et le lierre ou la vigne vierge l’inspirent, prenant vie au début des années 1960 dans différents lampadaires d’applique Liane, dont ce modèle à cinq lumières en métal à patine dorée, éclairé d’un résultat de 471 200 €. D’autres beaux résultats venaient ponctuer l’après-midi et le mener au produit total de 1 673 880 €. Ainsi des 55 800 € d’une toile de Léopold Gottlieb (1879-1933). Ce peintre né à Drohobytch dans l’actuelle Ukraine, arrivé en France en 1899, a fixé vraisemblablement dans les années 1920 – ainsi que nombre d’autres artistes, Kisling et Modigilani par exemple – le Portrait d’Adolphe Basler (111 111 cm), critique, historien, galeriste, collectionneur et membre éminent du Montparnasse artistique de la première moitié du XXe siècle. À l’aube de celui-ci, le Hollandais Isaac Israels (1865-1934), venu lui aussi à Paris où il retint pour sa part la leçon impressionniste, choisissait la charmante figure de Mademoiselle Maxa (28,7 21,2 cm), émue de se retrouver sous la lumière à 34 720 €.

Jean Royère (1902-1981), lampadaire d’applique modèle Liane à cinq lumières, vers 1960, en métal à patine dorée, 231 x 178 x 14 cm. Adjugé
Jean Royère (1902-1981), lampadaire d’applique modèle Liane à cinq lumières, vers 1960, en métal à patine dorée, 231 178 14 cm.
Adjugé : 471 200 
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