Deux Maures enchaînés d’après Pietro Tacca

Le 15 octobre 2020, par Anne Doridou-Heim

Deux des quatre Maures enchaînés d’après un modèle de Pietro Tacca se libéraient de leurs entraves à Drouot.

XVIIIe siècle, d’après Pietro Tacca (1577-1643), paire de figures en bronze ciselé et patiné représentant deux des quatre Maures enchaînés, sur des socles en marbre vert de mer et bronze doré du XIXe siècle, h. totale 52 cm.
Adjugé : 23 828 

La console qui «ne filait pas droit» et avait reçu un beau succès d’estime sur le site de La Gazette Drouot (voir l'article Une console qui ne file pas droit page 48 de la Gazette n° 34) séduisit aussi aux enchères, où elle perçut 19 320 €. Il faut reconnaître qu’il s’agit d’un exemple original de sculpture en chêne à motifs rocaille d’époque Louis XV avec son riche répertoire de grenades, ailes, rinceaux, fleurettes, feuillages et dragon. La paire de figures de Maures en bronze (reproduite ci-contre), ayant quant à elle retenu 23 828 €, aurait pu prendre place sur son plateau de marbre. Si ces œuvres datent du XVIIIe siècle et reposent sur des socles du XIXe, leur modèle est connu et plus ancien. Il revient à l’artiste florentin Pietro Tacca (1577-1643) et fut conçu pour faire partie d’un vaste ensemble commémoratif. Un peu d’histoire… Ferdinand Ier, duc de Florence, commande au sculpteur Giovanni Bandini un monument afin de montrer à tous les exploits de sa flotte en Méditerranée contre les Ottomans. Dans le même temps, il décide de développer un nouveau port fortifié sur la mer Tyrrhénienne, Livourne, et en figure de proue d’y installer l’œuvre extraite du marbre de Carrare entre 1595 et 1601. Celle-ci est acheminée par bateau et inaugurée en grande pompe par son fils et successeur, Cosme II, en 1601. Le programme iconographique s’enrichit entre 1623 et 1626 de quatre figures de condamnés enchaînés, disposés aux quatre coins du piédestal sur lequel s’élève la statue du duc triomphant, portant l’uniforme et la croix des chevaliers de Santo Stefano. Pietro Tacca, successeur de son maître Jean de Bologne, en a la charge et n’a aucun mal à trouver des modèles parmi les pirates sarrasins emprisonnés. La symbolique de ces hommes enchaînés est claire et forte : affirmer la supériorité de la vraie foi. On peut en trouver une origine dans les œuvres de Michel-Ange. Quoi qu’il en soit, cette réalisation, qui est toujours considérée comme le chef-d’œuvre de Tacca, reçut dès son installation un accueil enthousiaste. Et des réductions en bronze apparurent assez rapidement pour connaître un vrai développement au XVIIIe siècle.

vendredi 09 octobre 2020 - 11:00, 13:30 - Live
9, rue Drouot 75009 Paris
Thierry de Maigret
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