Paul Verlaine, un maudit au firmament

Le 26 novembre 2020, par Sophie Reyssat

Les artistes maudits prenaient la tête des ventes des collections Aristophil, grâce aux manuscrits évoquant leur souvenir.

Paul Verlaine (1844-1896), Cellulairement, Bruxelles, Mons, 1873-1875, 69 pages petit in-4° sur papier d’écolier à rayures bleues, manuscrit autographe de 32 poèmes, avec une lettre autographe inédite de Verlaine à Sivry, illustrée d’un dessin original, plein maroquin taupe, emboîtage (Marius Michel).
Adjugé : 214 500 

Parmi les quatre dispersions consacrées aux collections Aristophil par la maison Aguttes (voir l'article Aristophil VII, des notes et des lettres de la Gazette n° 39, page 12, et l'article Paul Verlaine, Boris Vian, Michel Legrand... de la n° 40, page 88), celle du mardi 17 novembre, réservée à la littérature, remportait les plus beaux résultats. Avec 74 % de lots vendus, dont la moitié sur Internet, elle récolte en effet un produit global de 1 461 335 €. Paul Verlaine était le plus remarqué des écrivains maudits présentés ce jour-là, le manuscrit autographe de Cellulairement étant gratifié de 214 500 €, sur une estimation haute de 100 000 €. Ce recueil réunit ses poèmes écrits pendant son incarcération, après qu’il eut blessé Arthur Rimbaud d’un coup de pistolet. Ce dernier était également au rendez-vous, grâce aux 145 600 € déboursés pour son poème autographe en cinq quatrains écrits à l’été 1872, Bonne pensée du matin. Cette page calligraphiée a justement appartenu à Paul Verlaine. Boris Vian, mis en avant à l’occasion de son centième anniversaire, avait lui aussi ses amateurs, 102 lots évoquant son souvenir trouvaient en effet preneur, sur les 118 numéros présentés. Contre toute attente, le document le plus convoité était un manuscrit autographe de 1954 contenant les paroles et la musique du Déserteur, qui était bataillé à 66 300 € sur une estimation haute de 2 000 €. Les lots évoquant le souvenir d’Albert Camus, au nombre de quatorze, suscitaient également des batailles d’enchères. Inédites, 89 lettres adressées à son amie Blanche Balain, entre 1937 et 1959, changeaient de mains pour 50 700 €. Elles donnent un remarquable éclairage sur l’auteur de L’Étranger, qui livre ici ses pensées et cite ses travaux en cours.

Charles Baudelaire (1821-1867) figurait en bonne place parmi les auteurs maudits présentés le mardi 17 novembre (M. Oterelo, expert). Les
Charles Baudelaire (1821-1867) figurait en bonne place parmi les auteurs maudits présentés le mardi 17 novembre (M. Oterelo, expert). Les sept œuvres qui le représentaient trouvaient preneur, pour un total de 83 720 €. À lui seul, le visage de Jeanne Duval, dessiné par le poète à la mine de plomb, à l’encre et à la plume (13,5 cm), décrochait 40 300 €. Dans une lettre écrite à Narcisse Ancelle en 1845, il disait de sa maîtresse qu’elle était la seule femme qu’il avait aimée. Leur relation, qui dura une vingtaine d’années, fut la source de bien des tourments, mais inspira également des lignes magnifiques.
Cette lettre, adressée par Frédéric Chopin (1810-1849) à George Sand, en 1846, est l’une des rares à ne pas avoir été brûlées par celle-ci
Cette lettre, adressée par Frédéric Chopin (1810-1849) à George Sand, en 1846, est l’une des rares à ne pas avoir été brûlées par celle-ci. De quoi justifier un résultat à 59 800 €, obtenu le vendredi 20 novembre (M. Bodin, expert). Richard Wagner (1813-1883) était convié à cette session consacrée aux grands musiciens : 21 450 € étaient requis pour six pages destinées au compositeur et chef d’orchestre August Röckel, en 1855, dans lesquelles il évoque notamment l’avancement de la composition du Ring des Nibelungen. Le manuscrit musical de Niccolò Paganini (1782-1840), recelant des esquisses de compositions pour guitare, obtenait 18 200 .
Le jeudi 19 novembre dispersait des documents ayant trait aux grands personnages de l’histoire (M. Bodin, expert). Ce document du roi d’An
Le jeudi 19 novembre dispersait des documents ayant trait aux grands personnages de l’histoire (M. Bodin, expert). Ce document du roi d’Angleterre George II (1762-1830), ratifiant l’arrangement entre les Alliés pour confier la garde de Napoléon au gouvernement britannique, le 30 août 1815, était ainsi emporté pour 26 312 €, tandis qu’il fallait prévoir 26 000 € pour des manuscrits de six chapitres des Mémoires pour servir à l’histoire de France sous Napoléon. Dictés à Sainte-Hélène, ils ont été corrigés par l’Empereur. Onze lettres de Mohandas Karamchand Gandhi (1869-1948), envoyées à son ami Behram Navroji Khambatta entre 1926 et 1937, obtenaient 28 600 €.
La Bibliothèque nationale de France préemptait les documents de travail de Boris Vian (1920-1959) pour Le Chevalier de neige ou les Aventu
La Bibliothèque nationale de France préemptait les documents de travail de Boris Vian (1920-1959) pour Le Chevalier de neige ou les Aventures de Lancelot à hauteur de 9 100 €, le mardi 17 novembre (M. Oterelo, expert). Les paroles de cet opéra – joué pour la première fois à Caen en 1953 dans sa version théâtre musical, et en 1957 à Nancy sous sa forme d’opéra – sont de Boris Vian, et la musique de Georges Delerue. D’autres acquéreurs se montraient intéressés par la correspodance de Boris Vian. 52 lettres adressées à sa femme, Michelle, étaient ainsi emportées pour 39 000 €, contre 35 750 € pour celles destinées à sa mère. Il fallait encore prévoir 36 400 € pour les manuscrits autographes et tapuscrits datés 1951 de L’Arrache-cœur.
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