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Lot n° 34

MELA MUTER (1876 - 1967)

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Vue de Villeneuve-lès-Avignon avec le fort Saint-André et la collégiale Notre-Dame Détrempe sur toile Signée en bas à droite Annotée ‘M[?]e Muter rue Velouterie 12' sur le châssis 74,5 x 85 cm - 29 3/8 x 33 1/2 in. PROVENANCE - Collection particulière, France (acquis auprès de l'artiste puis par descendance) - Acquis auprès de cette dernière « Mela Muter a heureusement servi la peinture polonaise par l'affirmation, la plus volontaire qui se puisse concevoir, de sa personnalité propre. Certains artistes européens du XXe siècle vinrent à Paris, de préférence à la Rome du passé et au Munich d'un incertain avenir, les uns pour s'abandonner totalement aux effets du climat double : climat séquanien ou de tel autre coin de France élu, et climat pictural, de la France artistique d'après l'école de Barbizon, d'après Courbet, d'après les Impressionnistes et parfois sous l'autorité reconnue du plus tyrannique des maîtres de l'art dit indépendant : Henri Matisse. D'autres semblent avoir pressenti que ce qu'on allait me permettre de définir l'Art vivant, bien loin de menacer les nations justement orgueilleuses d'une culture personnelle, de ses justifications et de ses illustrations, d'une sorte de cosmopolitisme pictural engendrant plus que la monotonie, c'est-à-dire le pire des académismes, favoriserait les expressions nationales après la pleine libératiiion des individus soumis tout de même à des règles, ces règles étant reconnues aux sources mêmes de l'art de peindre. Mela Muter fut, au premier chef, l'une de ces fortes individualités et l'un des plus éminents révélateurs de l'art national. C'est par là seulement qu'elle est dépendante de l'École de Paris. Ce qu'elle doit à Ia France c'est d'être devenue, en même temps qu'un des parfaits représentants de l'Art vivant, un grand peintre polonais. [...] Je pense que Mela Muter a raisonné son art de peintre en poète qui ne se limite, qui ne précise sa mesure qu'en son ambition d'instruire le monde du secret de porter toute chose à sa valeur lyrique, ambition plus pressante que celle de limiter ces chances de lyrisme (qui sont en fait universelles) à quelques occasions données arbitrairement comme exemplaires entre toutes. [...] Mela Muter, dès les premiers jours de son heureuse et laborieuse carrière, a pris rang parmi ces novateurs ennemis de la fausse originalité, artistes et poètes dont Picasso a bien dit qu'ils s'influencèrent tour à tour et dont l'un des hauts desseins fut de restituer l'art à la vie. C'est pour cela que l'art de Mela Muter, dégagé des aigreurs de ses devanciers immédiats, n'est pas littéralement un thème de joie, hors du rythme universel. [...] Nul mieux que Mela Muter n'aura, loin d'aucun recours à un autre art que le sien, chaleureusement prodigué ces calmes effusions fixant comme en un point idéal les propriétés directes des formes et des couleurs et ce qui commande au monde des paroles. Réalisme orphique qui se suffit, même si l'auteur, peintre pour poète, prétend à quelque préfiguration d'un avenir souverain. » André Salmon, « La peinture de Mela Muter », in Pologne littéraire, 15 décembre 1933, n° 87, p. 5

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