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Lot n° 8

VICTORINE MEURENT (1844 - 1927)

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Scène orientaliste au fumeur de narguilé, 1876 Huile sur toile Signée et datée ‘[18]76' en bas à gauche 25 x 16,5 cm - 9 7/8 x 6 1/2 in. PROVENANCE Collection particulière, France Victorine Meurent naît à Paris en 1844. Fille d’un artisan du quartier Popincourt, dans l’est de Paris, elle commence à poser pour Thomas Couture à l’âge de seize ans. Elle est ensuite modèle pour Alfred Stevens et surtout pour Édouard Manet qui semble autant apprécier sa chevelure rousse que son teint diaphane. Ce dernier la fait travailler avec assiduité entre 1862 et 1874 et la met en scène, parfois en la grimant, dans "Olympia", "Le Déjeuner sur l’herbe", "Mademoiselle V. en costume d’espada, "La Chanteuse de rue", "La Femme au perroquet" et "La Joueuse de guitare". À l’automne 1868, Victorine se rend aux États-Unis. La seule lettre conservée de sa main, qu’elle adresse à Madame Manet en 1883, en garde le souvenir (New York, Pierpont Morgan Library, MA 3950). Cependant, ce n’est que très récemment que la finalité de ce voyage a été mise en lumière par un long article publié dans "The Burlington Magazine" (volume 165, n°1445, août 2023). Victorine est aussi danseuse de cancan. Elle se produit outreeeee-Atlantique dans une troupe d’artistes qui donne des opéras bouffes, dont La vie parisienne d’Offenbach, au French Theater, situé sur la Cinquième Avenue. Ces spectacles, dont Victorine est la tête d’affiche, font scandale. "Le New York Tribune" s’en fait l’écho en écrivant : « It was not merely indecent, but it grovels in a dirty depth even below indecency. No lady can look at it twice without sacrificing their reputation » (« Ce n’était pas seulement indécent, mais cela rampait dans une profondeur sale, même en-dessous de l’indécence. Aucune femme ne peut le regarder deux fois sans sacrifier sa réputation. »). À son retour en France, Victorine nourrit des velléités de devenir peintre et, à partir de 1875, elle suit les enseignements d’Étienne Leroy à l’Académie Julian. Dès 1876, elle est admise au Salon avec son autoportrait, redécouvert il y a peu par la galerie Édouard Ambroselli et acquis par le Museum of Fine Arts de Boston. Trois ans après, elle expose Une bourgeoise de Nuremberg au XVIe siècle (localisation inconnue). Elle fait des envois en 1895 et en 1904 tandis que, en 1903, elle rejoint la Société des artistes français. Le corpus des peintures de Victorine Meurent est extrêmement réduit et, jusqu’à aujourd’hui, seuls trois tableaux étaient répertoriés hormis l’autoportrait récemment mis au jour : "Le Jour des Rameaux", "Le Briquet" et le "Portrait du chien Jup" tous trois conservés au Musée municipal d’art et d’histoire de Colombes où l’artiste a fini ses jours. La redécouverte de notre "Scène orientale au fumeur de narguilé" est donc particulièrement intéressante. Non seulement parce qu’elle porte le millésime de 1876, année de la première participation de l’artiste au Salon, mais aussi parce qu’elle nous fait connaître une thématique inédite sous le pinceau de Victorine : l’orientalisme. L’attrait pour l’Orient apparaît en Europe dès le XVIIe siècle mais les arts de l’époque - "Bajazet" de Racine, ballets turcs de Molière, portraits en costume oriental de Rembrandt etc. - n’en restituent qu’une image anecdotique. Le XVIIIe siècle voit naître la mode des turqueries et surgissent au Salon sultanes et muftis, dans leur grande majorité, de convention. Cette vision de fantaisie sera aussi, au XIXe siècle, celle de Bonington ou d’Ingres. Le premier contact direct avec l’Orient eut lieu en 1798 avec la campagne d’Égypte et la guerre d’indépendance grecque confronte la génération romantique avec des paysages et des types nouveaux. Alexandre-Gabriel Decamps et Prosper Marilhat partent alors pour Constantinople et l’Asie Mineure. Avec eux, entre 1827 et 1832, naît le véritable orientalisme, c’est-à-dire l’évocation picturale au moyen d’une émotion ressentie des paysages brûlants, des foules grouillantes et des couleurs éclatantes du Moyen-Orient. C’est dans l’esprit de Decamps et sous l’inspiration des peintres-voyageurs actifs dès le premier tiers du XIXe siècle, que Victorine compose sa toile. En effet, si sa biographie réserve encore des parts d’ombre, elle ne s’est probablement jamais rendue en Orient et a très certainement composé son tableau ’après les recueils de gravure qui circulaient à l’époque. Les scènes de rue sont un thème de prédilection pour ces peintres et leurs épigones. Victorine ne déroge pas à la règle et choisit de décrire une pittoresque échoppe remplie d’objets exotiques qu’elle anime de personnages masculins dont l’un, coiffé d’un turban, fume le narguilé. À partir de cette description anecdotique de la vie quotidienne d’un marchand, rêvée plus qu’éprouvée,

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