Lot n° 50
Vente terminée
Emmanuel CHABRIER. 2 L.A.S. « Emmanuel » et « Emml » et 1 L.A., [avril-novembre 1890], à sa femme à Paris ; 7 pages in-8, une au crayon avec adresse au verso.
Sur sa vie de travail à La Membrolle, et Gwendoline à Munich.
La Membrolle 26 avril. « Je vois, la petite maman, que tu ne t’en es pas si mal tirée que ça, avec ta grosse malle et tes accessoires ; on t’aura prise pour la femme du préfet de police, à ce que je suppose ; tu fais trembler le personnel des gares, et le sergent de ville se roule à tes pieds ; je ne te vais pas à la cheville, la petite femme, le loup est dépassé ! Embrasse bien les petits loups pour moi et particulièrement le louveteau qui accomplit demain un acte caractéristique et plein de douceur. Recommande-lui de demander à Celui qu’il invoque de nous protéger tous, nous qui cherchons à faire de notre mieux et qui ne sommes pas des méchants ; dis-lui de demander pour la maman la bonne vue et la santé, des bulletins propres pour le grand frère, et pour le pauvre père beaucoup d’inspiration et un peu d’argent. Ça fait pas mal d’affaires tout ça et le bon Dieu est toujours très occupé ; mais les jours de 1ère communion, je suis certain qu’il dresse spécialement ses oreilles divines pour écouter les petits enfants épris de ciel et frisés pour la circonstance, et que finalement il doit être très doux, très coulant, très accessible ». Il faudra aller embrasser la vieille Nanine : « pour les enfants, c’est un pieux devoir, c’est ensuite un plaisir, ça leur apprend à se souvenir et ça les rend bons. Si la paresse est la mère de tous les vices, l’ingratitude en est le père ». À La Membrolle, « ce ne sont que giboulées, averses, vents déchaînés […] Hier matin, en ouvrant ma fenêtre, ça pleuvait, ça ventait infernalement et tous ces grands bêtes de peupliers se courbaient tous du côté de Tours comme pour saluer celles de la cathédrale […] Les marronniers, des durs-à-cuir, s’en foutaient, mais les sacrés pommiers, fiers d’être en fleurs depuis q.q. jours, avaient des accès de folle rage de voir ainsi s’éparpiller aux 500 diables leurs jolis petits blancs plumets » [4 mesures de musique]. Il passe sa vie « entre une table et un piano »... – [Paris, 29 juin]. Visite à Nanine, « avec fraises et cerises : ravie, la Nanine ; elle avait communié le matin, et prié pour tes yeux ! Elle t’embrasse ainsi que le petit louloup »... Voyage à Rueil avec Catulle Mendès (projet de reprise de Gwendoline) : « Catulle ne veut pas de l’Eden ; il se charge de tout ; je vais le laisser faire, parce que c’est trop grave et que nous pourrions croquer le marmot trop longtemps si nous ne prenions pas un parti dès maintenant. Enfin, aujourd’hui, je serai évasif ; laissons faire Catulle. Il m’a dit qu’on me ferait faire n’importe quoi en pleurant dans mon gilet »… – [Munich] 19 novembre. « Hier soir, répétition générale ; il y avait dans les 300 personnes. Grand succès, rappel chaleureux du public et de l’orchestre qui est très emballé : j’ai donc montré ma hure. L’interprétation, dans son ensemble, n’est pas meilleure qu’à Karlsruhe ; c’est plus grand, voilà tout. […] on ne se foule pas la rate énormément, mais ils croient tous se la fouler. Encore un théâtre où il y a trop de vieux »…
Ancienne collection Francis Poulenc.
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