Quand le cristal de roche se fait sculpture

Le 30 juin 2021, par Caroline Legrand

Taillée dans le cristal de roche, cette coupe en forme de coquille et à l’anse agrémentée d’un oiseau évoque l’art lapidaire au XVIe siècle. Une technique dans laquelle les Italiens étaient alors passés maîtres.

Milan, fin du XVIe siècle. Vase en forme de coquille, dit « nef », cristal de roche et argent doré, 16 15,5 14 cm.
Estimation : 60 000/80 000 

De nombreux objets en pierre taillée, de plus en plus décoratifs, occupaient une place de choix dans les cabinets de curiosités des grands collectionneurs de la Renaissance, ou encore parmi les cadeaux diplomatiques des souverains, comme en témoigne certainement cette coupe. Façonnée dans le cristal de roche, elle se compose à son extrémité d’une anse figurant un oiseau, que l’on imagine déployant ses ailes pour draper la panse de la nef, et d’un corps rythmé par onze lobes dessinant une coquille. Ce dernier est gravé de vases d’où s’échappent des tiges feuillagées, ponctuées par des fleurs et guirlandes en chute, dont l’une suit un défaut de cristallisation de la matière. La base chantournée, rappelant les nervures de la coquille, est quant à elle sertie d’argent vermeillé et gravée de tiges feuillagées. L’origine de cette pièce ? Milan. La forme et la gravure de cette coupe sont en effet caractéristiques des artefacts réalisés dans ses ateliers de production d’objets en pierres dures, née dans la seconde moitié du XVIe et dont la tradition perdurera jusqu’à la fin du XVIIe- ou au début du XVIIIe siècle. Deux familles rivalisent alors de talent : les Miseroni et les Saracchi. Leur renommée leur vaut une clientèle prestigieuse et cosmopolite. En France, Louis XIV appréciait particulièrement ces objets d’art et en constitua une collection remarquable, visible de nos jours au musée du Louvre. On peut ainsi comparer ce vase à une autre coupe en cristal de roche en forme de coquille, qui figure dans la collection des gemmes de Louis XIV (MR 323) ; l’objet fut réalisé à Milan dans la seconde moitié du XVIe siècle. Sa base – circulaire – diffère toutefois de celle de notre verrerie, au contour mouvementé. Après la chute de Byzance, en 1204, Venise s’accapare les techniques verrières orientales, notamment pour imiter le cristal de roche, avec la création du cristallo, et devient le centre principal de production en Occident. Cette domination industrielle et artistique prendra toute son ampleur au XVe siècle. Bien que la cité des Doges se soit attachée à conserver ce monopole, certaines autres villes italiennes se lanceront à sa suite dans cette production.

Agenda
Le Moyen Âge est mis à l’honneur dans ce catalogue à la reliure d'un blanc immaculé et aux textes soigneusement enrichis. La romance de Tristan et Yseult, sculptée dans l’ivoire d’un coffret de 8 cm de haut sur 19 cm de long, est un travail d’une finesse époustouflante : 70 000/80 000 € seront nécessaires pour emporter cet objet français du XIVe siècle. Autre boîte au trésor, un coffret arabo-sicilien en ivoire et laiton doré, celui-ci du XIIe siècle, est estimé 30 000/40 000 €. L’ivoire est également présent à travers quatre diptyques. L’un d’eux, daté vers 1360, figure une Adoration des Mages sous une triple arcature gothique : il est annoncé à 35 000/40 000 €. La sophistication du cristal de roche milanais de la fin du XVIe siècle, s’exprimant ici dans une coupe en forme de coquille gravée de feuillages sur un piédouche balustre serti d'argent, se ne laissera approcher qu’à partir de 60 000/80 000 € (Voir Gazette n°26, page 108).
dimanche 11 juillet 2021 - 14:00 - Live
Louviers - 28, rue Pierre-Mendès-France - 27400
Prunier
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