La maternité par Chana Orloff

Le 04 mars 2021, par Sophie Reyssat

Artiste majeure de l’école de Paris, la sculptrice propose deux bronzes dédiés à sa vision de la féminité.

Chana Orloff (1888-1968), La Dame enceinte, 1916, épreuve en bronze, fonte d’édition originale post-mortem à patine brune, signée, marque du fondeur Susse Frères, numérotée 7/8, h. 57, base : 18,5 17 cm.
Estimation : 30 000/40 000 

Alors que les femmes participent généralement aux œuvres d’art en tant que modèles et muses des sculpteurs, Chana Orloff fait figure d’exception et d’emblème, en étant une actrice de premier plan de la révolution esthétique menée par l’école de Paris. Artiste autodidacte et libre, elle a toujours vécu de son art. Arrivée à Paris en 1910 en tant que couturière, elle est deuxième au concours d’entrée de l’École nationale des arts décoratifs l’année suivante, et elle expose déjà dans les principaux Salons en 1913. Et l’élite parisienne s’arrache ses portraits dès 1919 – elle en a réalisé plus de trois cents. Son œuvre est également une ode à la femme, qu’elle soit Vénus ou mère, comme le montrent deux bronzes présentés l’après-midi du samedi 6 mars, premier jour de vente du contenu d’une propriété des Yvelines. Née en Ukraine dans une fratrie de neuf enfants, fille et petite-fille de sage-femme, l’artiste a naturellement fait de la maternité l’un de ses thèmes de prédilection. Elle a ainsi sculpté La Dame enceinte en 1916, avec des volumes stylisés et lisses, dont la pureté et la simplicité sont gages d’une grande expressivité. Dans sa Vénus callipyge de 1925 (h. 57 cm, 25 000/35 000 €), le modelé s’est assoupli, la surface du bronze évoquant la sensualité de la peau, tandis que les lignes se font sinueuses et les formes généreuses. À l’époque où elle sculpte cette déesse, l’artiste connaît de nouvelles consécrations. Alors qu’elle obtient la nationalité française, elle se voit décerner la Légion d’honneur. Désormais sociétaire du Salon d’automne, elle demande à Auguste Perret de lui édifier une maison-atelier, villa Seurat, dans le 14e arrondissement de la capitale. Devenu un musée labellisé «maisons des illustres», ce lieu conserve le plus bel ensemble de ses œuvres.

Agenda

Deux jours seront nécessaires pour disperser l’entier contenu d’une propriété. Dès 10 h, le samedi 6, les bijoux ouvriront ce marathon d’enchères et compteront plusieurs broches et pendentifs-sculptures imaginés par Georges Braque (entre 3 500 et 6 000 €). Suivra une importante collection de montres de poche, dont un modèle à répétition et musique, décoré d’un galion ciselé sur le dos de sa boîte en or (1 000/1 500 €). Orfèvrerie et faïences régionales prendront le relais, avant que près de 160 tableaux n’ouvrent le second volet de 13 h 30, sous les regards de jeunes femmes peintes par Van Loo et Domergue, et d’une religieuse de Toffoli (respectivement autour de 7 000, 9 000 et 4 500 €). De Vénus à La Dame enceinte, la femme sera également célébrée par Chana Orloff côté bronzes (autour de 30 000 € pour l’une et 35 000 € pour l’autre). La vente se poursuivra le lendemain, toujours en deux temps : vins et sculptures de jardin le matin, et mobilier l’après-midi. Tandis qu’un cheval de bronze de plus de deux mètres de haut caracolera au-dehors (15 000/20 000 €), les œnologues remarqueront une rarissime bouteille de château-yquem 1911 (4 000/6 000 €) et une autre de romanée-conti 2004 (19 500/30 000 €). Passée une porte formée par une grille de fer forgé (4 500 € environ), un lustre de bronze et d’albâtre, par Albert Cheuret, s’illuminera autour de 7 000 €.

samedi 06 mars 2021 - 10:00 - Live
La Californie - 8, route de Clairefontaine - 78730
Le Honsec - Simhon - Almouzni
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