Des fleurs pour Suzanne Valadon

Le 09 décembre 2020, par Caroline Legrand

Même dans le genre de la nature morte, Suzanne Valadon exprime sa peinture de caractère, colorée, construite et à la ligne nerveuse.

Suzanne Valadon (1865-1938), Vase de fleurs sur une chaise, 1927, huile sur toile, signée et datée.
Estimation : 30 000/50 000 

Non, Suzanne Valadon ne faisait rien comme tout le monde. Acrobate de cirque, lingère et modèle devenue peintre, elle défia tous les pronostics de carrière pour une femme de son époque. Forcément, elle ne pouvait aborder le genre de la nature morte sans lui apporter quelque originalité, sa touche personnelle. Ainsi le vase n'est-il pas posé sur une simple table, mais sur une rustique chaise en osier qui offre un décalage avec la précieuse porcelaine chinoise blanc-bleu. Les tulipes, arums et autre coquelicot se détachent sur un fond habillé d’une chaise rouge, d’une table et d’un vase. Une composition très vivante, rehaussée d’une palette haute en couleur, mais qui reste parfaitement harmonieuse… Datée 1927, donc plutôt de la fin de sa carrière, cette toile est référencée dans le catalogue raisonné de l’artiste par Paul Pétridès, publié en 1971, et a figuré dans plusieurs expositions, de la galerie Weil en 1928 au musée national d’Art moderne de Paris en 1967. Seule parmi les hommes, Suzanne Valadon a appris son art en observant les grands maîtres de l’impressionnisme la peignant. Puvis de Chavanne, Toulouse-Lautrec, Auguste Renoir ou Théophile Steinlein prendront cette femme à la beauté solide pour modèle. Bien qu’elle accouche à 18 ans de Maurice Utrillo, elle laisse à sa mère le soin de s’en occuper et se consacre à sa carrière. Déterminée, motivée notamment par Edgar Degas, qui lui achète ses œuvres, elle sera finalement la première femme admise à la Société nationale des beaux-arts, en 1894… mais devra attendre 1909 pour vivre de son art. Si son existence de bohème, son couple détonant et destructeur formé avec André Utter, attiraient bien souvent l’attention à ses dépens, Suzanne Valadon, soutenue par la galeriste Berthe Weil, surpassa les préjugés et réussit une carrière ponctuée de nombreuses expositions, et aujourd’hui d’enchères remarquées !

Agenda
Honneur aux femmes dans ce programme rennais du 20 décembre avec la présentation à hauteur de 30 000/50 000 € d'un Vase de fleurs sur une chaise de Suzanne Valadon, daté de 1927 (voir Gazette n° 44 page 125). À ses côtés aux cimaises figureront une lithographie de Francis Bacon, Triptyque, daté d'août 1972 (20 000/25 000 €), mais aussi une toile peinte en 1949 par Marcel Gromaire, Moulins en Hollande (6 000/8 000 €). Ce programme comprend encore une bague en or gris ornée d'un diamant solitaire pesant 8,29 ct, de couleur N-R et pureté VVS2 (25 000/30 000 €), mais aussi de l'art asiatique avec une statuette Tang en terre cuite à traces de polychromie, représentant une cavalière sur un chameau (10 000/12 000 €), ou une boîte en forme de pêche de longévité d'époque Qianlong en laque rouge de cinabre, à décor sculpté de Shou Lao tenant un bâton et d'un enfant debout sur une branche d'arbre à pêches de longévité parmi les flots (5 000/6 000 €). 
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