Panorama de la gravure du XVIe au XXe siècle

Le 22 avril 2021, par Anne Foster

D’Andreani et Piranesi à Meryon ou Picasso, les maîtres de la discipline sont au rendez-vous.

Paul Cézanne (1839-1906), Les Baigneurs (grande planche), 1896-1897, lithographie, 41,5 51,5 cm, impression en couleurs, épreuve sur vergé mince filigrané « mbm », toutes marges (48 62,5 cm).
Estimation : 6 000/8 000 €
Cette vente quasi consacrée aux gravures est faite sur décision judiciaire ; les frais en sus des enchères sont donc de 14,28 %. Quel programme ! D’Andreani (vers 1558-1629) à Zorn (1860-1920), les maîtres graveurs sont présents dans la liquidation du fonds d’une galerie historique parisienne. Un défilé auquel participe Francisco de Goya y Lucientes (1746-1828) avec la suite complète des quatre-vingts planches, eaux-fortes et aquatintes de Los Caprichos, 1799, album de la deuxième édition vers 1855, attendu à 12 000 € environ. Ou encore de Charles Meryon (1821-1868) dont la gravure était le mode d’expression favori, représenté par une épreuve de l’eau-forte sur acier d’après cinq daguerréotypes de San Francisco, 1855-1856. Cette vue qui lui a pris plus d’un an de travail est estimée aujourd’hui aux alentours de 1 200 €. Il faut prévoir le double pour un ensemble de Mary Cassatt au Louvre par Degas, épreuves réalisées par Vollard qui avait acquis le cuivre rayé à la vente. Et pour les plus modernes, mentionnons un bel ensemble par Picasso dont la suite de Sable mouvant est composée de six planches (sur dix) : comptez 12 000 € environ. Déjà au XIVe siècle, les images de dévotion privée étaient imprimées à partir de bois gravés. Mais les nouvelles techniques de gravure comme le burin, l’eau-forte et la pointe-sèche ont vu le jour vers 1510 simultanément en Allemagne et en Italie. De nombreux graveurs comme Dürer ont eu une formation dans des ateliers d’orfèvrerie. Certains artistes au rang desquels se trouvent Rembrandt, Piranesi et Goya confèrent à ce médium ses lettres de noblesse ; leurs épreuves et leurs divers états sont recherchés comme des œuvres d’art à part entière. L’invention de la lithographie allait à la fois créer de rares épreuves réalisées pour les connaisseurs et le développement de masse à travers l’affiche. Au tournant du XXe siècle, des éditeurs d’art comme Ambroise Vollard et Henry Petiet – auxquels le Petit Palais rend hommage dans une exposition que le public pourra peut-être découvrir lors du déconfinement… – proposent des planches d’artistes numérotées et signées, aux riches amateurs.

 
Les estampes japonaises connaissent un engouement extraordinaire parmi les artistes de la fin du XIXe siècle. Leur influence fut essentiel
Les estampes japonaises connaissent un engouement extraordinaire parmi les artistes de la fin du XIXe siècle. Leur influence fut essentielle pour les impressionnistes et les nabi… et Henri Rivière (1864-1951). Ce dernier est représenté entre autres par Les Trente-Six Vues de la tour Eiffel, Paris, Imprimerie Eugène Verneau, 1888-1902 ; l’artiste y décline comme Hokusai les trente-six vues des étapes de la construction du monument parisien. Cet exemplaire d’un tirage à 500, un volume in-4o oblong, numéroté et signé au crayon par l’artiste en tête de l’ouvrage, est prisé 4 000 € environ.
En 1949, Joan Miró (1893-1983) réalise un premier livre illustré à la typographie audacieuse et radicale. Une composition dansante, des co
En 1949, Joan Miró (1893-1983) réalise un premier livre illustré à la typographie audacieuse et radicale. Une composition dansante, des couleur en aplats, en projections et en pulvérisations, illumine les planches, faisant de l’artiste catalan un remarquable graveur. Comptez aux alentours de 20 000 € pour la suite complète des quinze planches, eaux-fortes et aquatintes de Fusées (32,5 x 50 cm), Paris, Louis Broder, 1959, en deux exemplaires sur japon nacré ; l’un, justifié «H.C. 1/2», à part du tirage à 100, est enrichi d’une planche additionnelle exceptionnellement tirée en noir sur parchemin et gouachée par l’artiste, numérotée en chiffres romains « VIII/VIII ».
© Successió Miró / Adagp, Paris, 2021

Giovanni Battista Piranesi (1720-1778), comme Goya et Meryon, est un artiste qui a choisi la gravure comme mode d’expression privilégiée.
Giovanni Battista Piranesi (1720-1778), comme Goya et Meryon, est un artiste qui a choisi la gravure comme mode d’expression privilégiée. Il est très vite reconnu comme un maître graveur majeur qui sait exprimer ses visions poétiques avec de merveilleux noirs sur des fonds blancs crémeux. On remarque dans cette vente un album de la suite complète des seize planches (eau-forte et burin, 50 x 37,5 cm), de la deuxième édition des Carceri d’Invenzione, combinant de belles et brillantes épreuves des 3e et 4e émissions (1760-1770) sur vergé romain (fort ou plus souple selon les planches), avec les nouveaux travaux pour noircir certains fonds et détails, mais avant le numéro ajouté par Firmin-Didot vers 1835-1840. Il faudra prévoir quelque 20 000 € pour vous les approprier.
Ce Portrait d’Édouard Dagoty, daté 1783, par Carlo Lasinio (1759-1838), manière noire, d’après Hensius, impression en couleurs, rend homma
Ce Portrait d’Édouard Dagoty, daté 1783, par Carlo Lasinio (1759-1838), manière noire, d’après Hensius, impression en couleurs, rend hommage à l’inventeur de la gravure en couleurs. Cette épreuve sur vergé (49,5 x 42,5 cm), rehaussée à la gouache (jaune dans la tablette, noir, bleu, rouge, brun, etc. dans le sujet) est estimée 1 500 € environ. Lasinio expérimenta comme son maître et ami, Dagoty, les techniques de gravure en couleurs à la manière noire et enseigna la gravure pendant plus de cinquante ans à l’Académie de Florence. Ses œuvres ont eu une grande influence sur l’art européen du XIXe siècle, en particulier sur les préraphaélites en Grande-Bretagne. 
Agenda
Cette vente judiciaire se tenant sur deux jours comprend des gravures de Cézanne, Lavinio, Piranesi ou Miró (voir page ??). Un album in-4o, contenant la suite complète – reliée – des quatre-vingts planches à l'eau-forte et aquatinte de « Los Caprichos » 1799 de Francisco de Goya (1746-1828) est estimé 12 000/15 000 €. Un ensemble est consacré à Edgar Degas (1834-1917) et concerne Au Louvre : la peinture (Mary Cassatt) vers 1876 : une eau-forte, pointe-sèche et aquatinte, une épreuve sur vélin fort texturé du tirage effectué sur le cuivre biffé pour Ambroise Vollard, une autre d’un tirage réalisé sur le cuivre biffé habilement dérayé – les traits de biffure passés au brunissoir – et un cuivre héliogravé réalisé d’après cette dernière épreuve (issue du cuivre biffé dérayé), ainsi que d'autres épreuves de divers états des impressions désirées par Vollard. Il faut compter ici environ 3 000/5 000 €.

 
jeudi 29 avril 2021 - 02:00 - Live
Salle 6 - Hôtel Drouot - 9, rue Drouot - 75009
Brunel - Dejean de La Bâtie
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