L’enfance personnifiée

Le 15 septembre 2021, par Caroline Legrand

Alors qu’elle vient de perdre son enfant et renoncer à la maternité, Camille Claudel réalise ce portrait de la jeune Marguerite, avec une émotion toujours à fleur de main.

Camille Claudel (1864-1943), La Petite Châtelaine, bronze, fonte posthume, version à la natte courbe, patine brune nuancée, signé à l’arrière «C. Claudel», numéroté «HC 2/4» et portant le cachet octogonal du fondeur Delval, 30,5 30,5 20,5 cm.
Estimation : 35 000/40 000 

C’est en 1894 que Camille Claudel présente pour la première fois cette sculpture, tout d’abord à la Libre esthétique, à Bruxelles, sous le titre de Contemplation, puis au Salon de la Société nationale des beaux-arts de Paris, sous l’appellation Portrait d’une petite châtelaine. Cette seconde version, en bronze, trouve rapidement sa clientèle. Alphonse de Rothschild en achète un exemplaire fondu par Gruet en 1895, qu’il offrira l’année suivante au musée de Beaufort-en-Vallée. Camille Claudel en fit également des plâtres, dont deux sont localisés : l’un dans la collection du peintre norvégien Fritz Thaulow et l’autre dans la famille de l’artiste. C’est à partir de ce dernier que fut réalisée la fonte posthume dont relève ce bronze présenté à Chantilly. Débutée en 1984 par Delval, elle compte douze épreuves numérotées, de 1 à 8 et de HCI à HCIV. Le 19 mai 2019, à Chaville, un autre exemplaire fondu par Delval était adjugé 70 000 € : une preuve de l’intérêt que portent toujours les amateurs de sculptures aux œuvres de Camille Claudel. Il faut dire qu’elle sait mieux que quiconque transmettre ses émotions dans ses représentations, notamment féminines. Le soupçon autobiographique qu’elle confère à sa création ajoute à l’exaltation autour de ses œuvres. Ainsi, La Petite Châtelaine a été exécutée vers 1892-1893 au château de l’Islette, près d’Azay-le-Rideau, dans la propriété que Rodin avait louée afin d’héberger sa maîtresse, qui devait se remettre d’une grossesse interrompue. Lors de cette convalescence, elle sculpte le portrait de Marguerite Boyer, la petite-fille de la propriétaire du château, Mme Courcelles ; âgée de 6 ans, elle a dû poser durant soixante-deux heures… Claudel a travaillé sur le sujet durant une année, reprenant le modèle des bustes à l’italienne et offrant à ce visage enfantin, comme elle en a l’habitude, un vibrant naturalisme : le regard est à la fois innocent et plein de ferveur. La maîtrise technique est exceptionnelle, visible aussi dans cette peau plus vraie que nature grâce notamment au polissage à l’os de mouton et ces cheveux aériens. Une œuvre qui marque également le début de l’indépendance artistique de Camille par rapport à Auguste Rodin.

Agenda
La sculpture en bronze sera à l'honneur, tant grâce à une monumentale paire de candélabres à sept lumières du XIXe, en bronze doré et patiné, représentant des femmes drapées à l'antique et couronnées de fleurs portant une corne d'abondance (30 000/40 000 €), qu'à celle d'une fonte posthume de La Petite Châtelaine de Camille Claudel, réalisée par Delval  (35 000/40 000 €. Voir Gazette n° 32, page 92). Antoniucci Volti proposera quant à lui l'une de ses figures féminines à la position audacieuse et aux volumes généreux, Les Pensées, issue d'une première fonte de Capelli (15 000/20 000 €). Ensuite, une œuvre placée sous le signe du surréalisme : Pomme-Bouche en bronze doré de Claude Lalanne, éditée par Artcurial, se disputera à 15 000/18 000 €. Mais la bonne surprise pourrait venir ici d'une étonnante table, réalisée en 1947 afin de commémorer le Débarquement et la libération de la France, avec des portraits peints sur porcelaine des chefs d'État et des plus grands généraux des forces alliées (6 000/8 000 €. Voir Gazette n° 32, page 30). 
dimanche 26 septembre 2021 - 14:00 - Live
Chantilly - 4, avenue Bourbon - 60500
Hôtel des Ventes de Chantilly Oise enchères
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