Pour les beaux yeux de madame Tallien

Le 18 mars 2021, par Claire Papon

Si pour Benjamin Franklin «le temps c’est de l’argent», regarder l’heure dans la bonne société sous l’Empire, ne se fait pas. Abraham Louis Breguet a trouvé la parade avec sa «montre à tact».

Abraham-Louis Breguet, «Montre de souscription à tact», savonnette en or et émail translucide bleu royal recto et verso, aiguille flèche sertie de diamants, perles sur la carrure, intérieur en or à cadran décentré, échappement à cylindre, balancier spiral trois bras, diam. cm, poids 51,4 g.
Estimation : 15 000/20 000 

Si vous doutiez encore du génie de l’horloger Breguet, ce bijou devrait finir de vous convaincre. Le principe est simple : une aiguille flèche sertie de diamants à fonction tactile pour la lecture de l’heure à l’aide des perles sur la carrure. En 1801, M. Ouvrard en fait cadeau à celle à qui l’on ne refuse rien, et surtout pas lui : la belle madame Tallien. Que sont 4 000 F pour ce richissime fournisseur des armées… Thérésa Tallien (1773-1835), née Juana María Ignazia Teresa Cabarrus en Espagne, est célèbre pour avoir sauvé de la guillotine, de la prison et de l’exil des centaines de concitoyens, mais aussi pour ses robes fendues et transparentes, ses bras nus et ses perruques blondes, bleues ou vertes. C’est bien simple «quand elle entrait dans un salon, elle faisait le jour et la nuit. Le jour pour elle, la nuit pour les autres», racontait le musicien Auber. On peut imaginer qu’elle a vu la montre en émail «bleu royal» que Breguet a réalisée pour son amie Joséphine de Beauharnais. Revendue en 1817, la nôtre passe par les ateliers de l’horloger pour une remise à neuf avant d’être vendue 2 545 F à M. Sahut pour son épouse le 24 décembre. Exception faite d’un certain Napoléon Bonaparte, toute l’Europe, de Wellington au tsar de Russie, portait alors une montre de l’inventeur du tourbillon et du modèle «pare-chute». «Ce diable de Breguet veut toujours faire autrement que mieux», disait Talleyrand, à qui une trentaine de pièces furent livrées entre 1798 et 1823.
 

 
Agenda
La vacation du matin, réservée à des chatelaines et des cachets, laisse la place l'après-midi à des bijoux classiques, de la fin du XIXe et du XXe, pour quelques-uns signés Pomellato, Janesich ou Bernardeau, estimés entre 200 et 15 000 €. Une fois n'est pas coutume, la vedette est une montre en or et émail, dite à tact, exécutée en 1801 par Abraham-Louis Breguet pour madame Tallien, pour laquelle 15 000/20 000 € sont annoncés modestement. La fin de l'après-midi revient à des objets de vitrine (flacons, boîtes, étuis à cire, sac cotte de maille, etc.), à de l'orfèvrerie et de l'argenterie moderne, dont la pièce la plus disputée devrait être une ménagère de Lapparra et Gabriel et Leduc (7,650 kg), modèle "filet coquilles" monogrammé, pour laquelle 6 000/7 000 € sont demandés.
jeudi 25 mars 2021 - 11:00 - Live
Salle 7 - Hôtel Drouot - 9, rue Drouot - 75009
Beaussant Lefèvre & Associés
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