Une exquise symphonie orchestrée par Chu Teh-chun

Le 22 avril 2021, par Caroline Legrand

Acquis directement auprès de l’artiste par un collectionneur du sud de la France, ce paysage abstrait empreint de musicalité et d’harmonie a été réalisé en 1968. 

Chu Teh-chun (1920-2014), N° 294, Composition, 1968, huile sur toile signée et datée, 88,5 130 cm.
Estimation : 250 000/350 000 


D’un grand format horizontal plutôt rare à cette époque, cette toile numérotée par le peintre « 294 » appartient à son importante série de paysages abstraits de la fin des années 1960. À la différence des explosions de couleurs présentes dans ses œuvres postérieures, c’est un délicat camaïeu d’ocres automnal qui construit à larges coups de brosse latéraux la composition. La base, telle la surface de la terre, se fait plus noire, tandis que le centre révèle une ouverture plus lumineuse et claire d’où surgissent des points bleus ou jaunes, rompant ainsi la bidimensionnalité. Le système traditionnel chinois à cinq couleurs considère le noir, le rouge, le bleu, le blanc et le jaune comme des primaires, la dernière citée étant la plus belle de toutes : elle symbolise la couleur centrale de la terre et du berceau de la civilisation en Chine. Le blanc offre quant à lui de saines respirations à l'ensemble et participe à sa poésie. Le bas et le centre du tableau sont chargés, tandis qu’en partie supérieure et sur les côtés les couleurs semblent s’évaporer dans un fond uniforme et infini : c’est là une pratique similaire à celle des paysagistes traditionnels chinois. Avec ses émotions intérieures, Chu Teh-chun, armé de ses connaissances en poésie, calligraphie et peinture, exprime plus qu’il ne représente le paysage. L’artiste déclarait ainsi : « Bien que je pratique la peinture occidentale, l’essence de mon art est entièrement dérivée des peintures chinoises traditionnelles. Tant que je resterai inflexible sur cette approche, je serai capable d’entrer dans un monde d’abstraction totale sans aucun obstacle ». La musicalité est également au cœur de son travail. Elle s’exprime au travers de sa maîtrise calligraphique. Le peintre impose ainsi un rythme tout particulier, un mouvement à chaque trait posé sur la toile, grâce à des pinceaux de diverses tailles mais aussi en variant leur force et leur vitesse, tout comme les sons sortant de différents instruments de musique. « Avec la poésie et la musicalité incorporées dans mes peintures abstraites, les substances et les esprits de l’art chinois sont alors incarnés dans mes œuvres », concluait-il.

Agenda
Pleins feux sur l'abstraction lyrique grâce à une grande composition du peintre franco-chinois Chu Teh-chun, N° 294, de 1968 (250 000/350 000 €), mais aussi à Georges Mathieu avec une toile de 1969, Urfa, à envisager à 70 000/80 000 €. On restera dans l'abstraction avec l'Américain Sam Francis et son acrylique sur papier Sans titre. SF89-218, de 1989 (50 000/70 000 €), ou encore l'artiste d'origine suisse Hans Hartung avec P1972-8, un pastel sur carton emblématique de son travail sur le mouvement et la dynamique des lignes et des couleurs (38 000/42 000 €). Retour à la figuration en compagnie de Robert Combas nous proposant contre 70 000/80 000 € une technique mixte de 1973, Bunker à fleurs à blanc de noir ! 2017 des lignes. Place enfin aux coloristes avec d'une part le fauve provençal Auguste Chabaud, dont Les Gitanes de 1912-1914 sont annoncées à 30 000/40 000 €, et de l'autre la peintre d'origine polonaise Mela Muter, dont le Portrait d'homme dans la bibliothèque acquiescera à même hauteur.  
vendredi 30 avril 2021 - 14:30 - Live
Marseille - 224, rue Paradis - 13006
Maison R&C, Commissaires-Priseurs Associés
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