Hartung, explosion contrôlée

Le 05 mai 2021, par Caroline Legrand

Geste, couleur et matière : cette œuvre peinte en 1977 par Hans Hartung évoque les recherches propres à cet artiste, dans la mouvance de l’abstraction lyrique.

Hans Hartung (1904-1989), T1977-R39, acrylique sur bois signé, daté et titré au dos, 100 73 cm.
Estimation : 80 000/90 000 

Présentée avec un certificat de la fondation Hartung-Bergman, cette toile a été peinte en 1977. Depuis les années 1960, l’abstraction gestuelle de Hans Hartung s’est développée. L’artiste a adopté d’une part le vinyle et l’acrylique, au détriment de la peinture à l’huile, et d’autre part un nouveau procédé, celui du grattage de la pâte, réalisé grâce à des outils spécifiques tels de larges brosses, des peignes ou des balais de genêt, qui laissent sur la surface et dans la matière des traces manifestes de son action. Horizontales et verticales, ces dernières animent la composition et lui donnent son rythme. La couleur noire la domine, mais le jaune, central, l’illumine. Hans Hartung laisse évoluer sa peinture, bien souvent interprétée comme restituant les émotions d’un artiste et d’un homme touché par le mal-être, blessé durant la guerre et qui perdit une jambe. Mais ce tracé sismique emblématique, fait de hachures de plus en plus serrées et né instinctivement de ses premiers dessins d’enfant à Leipzig représentant des éclairs d’orage, est bien plus maîtrisé qu’on ne veut l’admettre. Hartung avoue ainsi une grande passion pour les mathématiques… Au début de sa carrière, dès les années 1930, il réalise d’ailleurs ses compositions grâce à la technique de la mise au carreau, reportant point à point de plus petits formats sur papier. S’il cessera ce procédé dans les années 1960, il poursuivra son travail très méthodique et réfléchi, avec la fabrication d’outils innovants (comme les balais de genêt) et l’utilisation de l’acrylique, une matière nouvelle. Le titre de ses œuvres, ici T1977-R39, suivant une nomenclature précise, évoque également cet aspect géométrique. C’est dans sa villa d’Antibes que le peintre réalisa cette œuvre, comme toutes à partir de 1973. Hans Hartung et son épouse Anna-Eva Bergman achetèrent une oliveraie dans les années 1960, et y ont construit une villa et leurs deux ateliers. Le lieu est devenu le cadre de la fondation Hartung-Bergman.

Agenda
Le premier de ces deux jours de ventes cannoises sera marqué par de grands noms de la peinture du XXe siècle. Les tenants de la figuration et de l'abstraction se disputeront la tête d'affiche. D'un côté, Bernard Buffet livrera contre 130 000/170 000 € une toile de 1966, Les Ombelles jaunes, présentée avec un certificat de M. Maurice Garnier, et de l'autre, Hans Hartung proposera moyennant 80 000/90 000 € un acrylique sur bois, T1977-R39 (voir Gazette n° 18, page 97). Ce dernier sera encore présent avec T1976-E14, à envisager à 70 000/90 000 €. L'impressionnisme sera également de la partie avec une Tête d'enfant de Pierre Auguste Renoir. Estimée 40 000/60 000 €, cette œuvre provenant de la collection d'un cinéaste a été exposée dans la salle des portraits du musée Renoir de Cagnes-sur-Mer entre juillet 2013 et février 2021. Postimpresssionnistes et fauves complèteront cette sélection : Gustave Loiseau sera notamment présent avec une toile de 1910, Le Bateau-Lavoir sur la Seine, attendue à 40 000/45 000 € et Louis Valtat avec Paysage, environs de Choisel, à 60 000/70 000 €. Signalons enfin parmi les objets d'art un flacon de René Lalique modèle « au bouchon-mûres » version noire, à envisager à 22 000/25 000 € (voir Gazette n° 18, page 30). 
samedi 15 mai 2021 - 14:30 - Live
Cannes - Grand Hyatt Cannes Hôtel Martinez, 73, La Croisette - 06400
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