Sous bonne garde

Le 10 décembre 2020, par Claire Papon

Artiste de l’école allemande ou autrichienne, E. Goerner fut un peintre de qualité. Pour preuve, cette œuvre orientaliste mettant en scène un garde nubien veillant sur un trésor.

E. Goerner (actif entre 1888 et 1890), Le Garde du trésor, huile sur panneau, 46,5 34,5 cm.
Estimation : 20 000/30 000 €

Les notices biographiques sont aussi muettes que ses tableaux sont riches… Magnifiquement peint, notre panneau met en scène un Orient rêvé et recomposé. À la fin du XVIIIe siècle, le traditionnel grand tour en Italie fait place à un périple en Orient. Français et Anglais sont les premiers à tomber sous le charme, les artistes allemands et autrichiens leur emboîtant le pas dans les années 1830. Le Levant apparaît comme une terre authentique et immuable, «la patrie des sages, des légendes et des contes, de notre langue et de notre foi… », comme l’écrit l’archiduc Rodolphe d’Autriche à son retour d’Égypte et de Palestine, dans son récit publié en 1873. Les artistes mêlent un réalisme né de l’observation à une lumière éclatante, des textiles, des armes et des objets acquis auprès de marchands, sur place, en Espagne andalouse ou à Paris, et dont ils peuplent leurs ateliers. E. Goerner est de ceux-là. Telle une statue, notre garde nubien, assis dans une niche entourée de carreaux mauresques et sous une frise calligraphique évoquant les mosquées du Caire, fixe le point d’entrée de la lumière, entouré d’objets typiques des productions des artisans du Caire ou de Damas. Les panneaux de marbre, le sol, l’aiguière, le coffret de nacre, l’estrade témoignent d’une proximité avec des œuvres de Ludwig Deutsch et Rudolph Weisse, les plus discrets des orientalistes autrichiens, avec notre artiste, ayant séjourné à Paris aux alentours de 1890.

Agenda
Si les notices biographiques sont muettes ou presque le concernant, il ne fait aucun doute que E. Goerner fut un peintre de qualité, proche des écoles allemande et autrichienne, installé à Paris à la fin du XIXe siècle et faisant partie du même cercle que Ludwig Deutsch ou Rudolf Weisse, dont il emprunte les sujets. Imperturbable, notre Garde du trésor pourrait néanmoins susciter une bataille d'enchères à 20 000/30 000 €, voire plus si affinité… Une enchère de semblable altitude (25 000/35 000 €) sera à prévoir sur une scène de Retour des champs signée Paul Lazerges, 6 000/8 000 € pour une Vue de la Menara à Marrakech sur sa toile d'origine de Tancrède Bastet et 40 000/60 000 € pour une Danse, une rare gouache de 1946 de l'artiste kabyle Fatma Baya (1931-1998).
lundi 14 décembre 2020 - 02:00 - Live
Vente à huis-clos live - 17, rue de la Grange-Batlière - 75009
Millon
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