Gérard Wahl, dit Boyer, chercheur de trésors

Le 13 juin 2019, par Claire Papon et Anne Foster

Bien connu des collectionneurs d’art africain, il avait sillonné foires, salons et brocantes pour toujours offrir l’objet intéressant, rare et séduisant. Vente après succession.

Ancien royaume du Dahomey (actuel Bénin), peuple ashanti, XIXe siècle. Paire de sculptures en cuivre représentant deux dignitaires coiffés d’un haut chapeau à festons, h. 26 et 23 cm.
Estimation : 10 000/15 000 

Les africanistes sont nombreux à lui rendre hommage. Pierre Loos, dans Tribal Art Magazine, souligne en 2014, suite au décès de Gérard Wahl dit Boyer, son «talent de chercheur de trésors», qu’il déposait dans sa galerie du Carré Rive gauche, «en nourrice, après les avoir signés en les possédant le temps de la chasse, de la découverte». Stéphane Mangin, expert de la vente se souvient quant à lui de celui qui ne craignait pas de voyager au loin, «écumant les marchés locaux, les marchands du Pérou et de Birmanie, en passant par Katmandou et l’Afrique.» Agnès Woliner, co-experte de cette vente après succession, évoque l’homme : «Il a traversé la vie avec un bonheur, un enthousiasme et une générosité sans égal. Avec lui, tout était possible, même l’inimaginable.» Sa quête d’objets étranges est personnifiée par ces deux statuettes de dignitaires coiffés de leur haute tiare festonnée, vêtus d’un pagne également découpé, l’un brandissant une récade à tête de bélier, l’autre un instrument de musique, sorte de trompe. La «récade» est un sceptre royal de l’ancien royaume du Dahomey en forme de crosse. Symbole du pouvoir souverain, elle peut être remise à un messager comme garantie de l’authenticité du message. Un musée leur est consacré à Abomey-Calavi, dans le sud du Bénin ; réalisé par l’architecte René Bouchara, il a été inauguré en décembre 2015. Ces deux sculptures témoignent, pour reprendre les propos de Stéphane Mangin, de «l’éclectisme, l’originalité et bien sûr de la qualité de son regard aiguisé».

Panorama (avant-vente)

Le paysage réinventé

Nombreuses sous le marteau sont les œuvres, sur papier et sur toile, de Raoul Dufy (1877-1953). Il est vrai que l’artiste fut prolifique à qui l’on doit près de 3 000 tableaux. Cette toile, exécutée vers 1922, intitulée La Promenade au Havre (60 80,5 cm) est estimée 100 000/120 000 € dans la vente de la maison AuctionArt Rémy Le Fur & Associés, mercredi 19, salle 6 à Drouot. La cité normande, où il est né mais qu’il a quittée à l’âge de 20 ans, restera chère à son cœur et constitue le fil conducteur de son travail. Elle est un prétexte plus qu’une représentation fidèle, mais elle est reconnaissable avec les toits pointus de ses belles maisons bordant la plage filant du Havre à Sainte-Adresse. Sans oublier l’usage de la couleur bleue et la présence de personnages… Le MuMa du Havre consacre une exposition à l’artiste jusqu’au 3 novembre.

Panorama (avant-vente)

Soulages - Rocard : témoin d’amitié

Dès ses débuts, Pierre Soulages, né en 1919, utilise le brou de noix. «Les menuisiers qui l’employaient préparaient eux-mêmes le brou de noix, se souvient l’artiste. Ce liquide brun me plaisait car il permettait des transparences et des opacités. Le brou possède une fluidité intéressante. Il avait les mêmes avantages que la peinture à l’huile.» 2001-6, brou de noix sur papier marouflé sur toile dédicacé (35,5 35 cm), a été offert en cadeau de noces à son ami Michel Rocard, en 2002. Présentée conjointement par les maisons Auction Art Rémy Le Fur & Associés et Millon, mercredi 19 en salle 6 à Drouot, l’œuvre est estimée 40 000/50 000 €.

Agenda
Pas besoin d'attendre bien longtemps dans cette salle pour assister à une belle bataille d'enchères… Le numéro 7 du catalogue, une toile de Gustave Caillebotte, Massif de jacinthes au jardin du Petit Gennevilliers, devrait être disputée à hauteur de 400 000/600 000 € (voir En couverture de la Gazette n° 17, page 8), tandis qu'une toile de Raoul Dufy, vers 1922, La Promenade au Havre nécessitera 100 000/120 000 € et que des Promeneuses de Massimo Campigli, de 1932, pourraient déambuler à 50 000/60 000 €. Disposant de 40 000/50 000 €, on pourra hésiter entre un paysage d'Albert Marquet où le ciel gris fait écho à la couleur de l'eau, Berge à Méricourt, et un panneau de Camille Pissarro, Paysans à la charrue et botte de foin. Une grande toile de Louis Le Brocquy Head, 1971, exposé au Salon des réalités nouvelles de 1973 (30 000/50 000 €) et un ensemble de neuf impressions typographiques de Marcel Broodthaers, Les Poissons, 1975 formant l'œuvre (80 000/100 000 €) attendent les amateurs d'art contemporain. Une mention spéciale enfin dans cette vente : le revolver avec lequel Vincent Van Gogh se serait donné la mort le 27 juillet 1890 à Auvers-sur-Oise. Découverte par un cultivateur vers 1960 dans le champ où l'artiste a attenté à sa vie, puis donnée au propriétaire de l'auberge où il était décédé, l'arme est restée dans la famille par descendance. Elle est estimée 40 000/60 000 €.
mercredi 19 juin 2019 - 14:30 - Live
Salle 6 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Auction Art Rémy Le Fur & Associés
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