Albert Marquet, sous le soleil du Sud

Le 16 juillet 2020, par Caroline Legrand

Marquet, Renoir, Derain, Valtat, Camoin, César et Picasso… Autant d’artistes, réunis lors de cette vente, qui partagent un lien privilégié avec le sud de la France et la méditerranée.

Albert Marquet (1875-1947), Grue dans le port d’Alger, vers 1941-1942, huile sur toile, 50 65 cm.
Estimation : 100 000/120 000 

La Provence, les jeux du soleil sur la mer ou encore les couleurs éclatantes de la Côte d’Azur ont depuis la fin du XIXe siècle influencé de nombreux peintres modernes, et exercé un rôle majeur dans l’élaboration des avant-gardes picturales. Albert Marquet ne fait pas exception, d’autant que la mer a toujours été pour lui une source d’inspiration, que ce soit durant son enfance, entre les quais bordelais et le littoral d’Arcachon, ou à l’occasion des nombreux voyages de sa vie, à Rouen, Marseille ou Alger. L’eau, sans cesse changeante et donc naturellement propice à l’étude éminemment impressionniste du mouvement et des variations de couleur, est demeurée son sujet de prédilection. Comme pour cette vue du port d’Alger, Marquet se concentre sur une composition parfaitement ordonnée et surtout des tons réduits, blanc, gris, vert et rose ; la vue en surplomb offre au spectateur un panorama aux formes confinées à l’essentiel, la lumière opalisée contribuant à uniformiser le paysage pour lui offrir une certaine monumentalité et ce sentiment d’intemporalité qui caractérise le travail de l’artiste. Si Marquet connaît au départ surtout l’Atlantique, ses amis – notamment Henri Manguin, qui l’invite en 1905 à Saint-Tropez, ville où Charles Camoin l’accompagnera aussi chez Signac – lui font découvrir la Méditerranée et la Côte d’Azur. En 1920, lors d’un séjour à Alger, le peintre fait la connaissance de Marcelle Martinet (1892-1984), une Pied-Noire née à Boufarik, femme d’une grande culture qui l’accompagne comme guide avant qu’il ne l’épouse trois ans plus tard. Elle lui fera aimer sa terre, où ils passeront les hivers et toute la période de la Seconde Guerre mondiale, durant laquelle ils achèteront une villa sur les hauteurs de la capitale ; la toile présentée date d’ailleurs de cette époque. « Marquet savait que j’étais très attachée à mon pays et que les motifs à peindre ne lui manqueraient pas », dira Marcelle. De nombreuses fois remis sur le métier, le port d’Alger était de ceux-là.

 

Après plusieurs voyages, c’est dans le Var que Louis Valtat (1869-1952) se fixe une grande partie de l’année à partir de 1897 : tout d’abo
Après plusieurs voyages, c’est dans le Var que Louis Valtat (1869-1952) se fixe une grande partie de l’année à partir de 1897 : tout d’abord à Agay, petit village de pêcheurs proche de Saint-Raphaël, puis à Anthéor, non loin de Cagnes et de Renoir, qui lui présentera Ambroise Vollard, son futur marchand. Datée 1907, cette huile sur toile signée représente l’un de ses motifs privilégiés, Les Roches rouges à Agay  (24 18,5 cm). Estimée 15 000/18 000 €, cette petite peinture évoque le travail du grand coloriste présent en 1905 dans la fameuse « cage aux fauves » du Salon d’automne, aux côtés de Matisse, Manguin, Derain, Vlaminck, Dufy, Van Dongen, Camoin et Marquet.
Pierre-Auguste Renoir (1841-1919) découvre le sud de la France dans les années 1880, rendant visite à Paul Cézanne à l’Estaque. Il passera
Pierre-Auguste Renoir (1841-1919) découvre le sud de la France dans les années 1880, rendant visite à Paul Cézanne à l’Estaque. Il passera la fin de sa vie à Cagnes-sur-Mer, où il s’est installé en 1903 avec sa famille et a acheté le domaine des Collettes, sur un coteau à l’est de la ville. C’est là que le peintre s’adonnera à la sculpture à partir de 1913, en collaboration avec Richard Guino, pour créer notamment en 1915, le Buste de Pâris, barbu. Renoir l’avait commencé seul sept ans auparavant, dans son atelier, avec pour modèle Gabrielle Renard ; quand il reprend son travail sur l’incitation de Vollard et avec Guino, il décide d’en faire un sujet plus masculin en ajoutant une barbe. Ce bronze à patine bleu-noir (71 56 28 cm), annoncé à 40 000/50 000 € et signé « Renoir 1915 », a été fondu par Alexis Rudier à Paris dans les années de la Première Guerre mondiale, soit du vivant du maître.

Également adepte du sud de la France avec ses camarades fauves de l’académie Julian, se rendant notamment en 1905 à Collioure et en 1906 à
Également adepte du sud de la France avec ses camarades fauves de l’académie Julian, se rendant notamment en 1905 à Collioure et en 1906 à l’Estaque, André Derain (1880-1954) nous ramène avec cette aquarelle sur papier dans sa ville natale de Chatou, dans les Yvelines. Il faudra envisager 40 000/45 000 € pour emporter cette œuvre signée et datée 1907, soit de sa pleine période fauve, dédiée à l’expressivité de la couleur. Une feuille bien connue des amateurs puisqu’elle fut présentée au public à plusieurs reprises, notamment en 1957 à Londres.
Avec César Baldaccini (1921-1998), on avance dans le temps mais on reste bel et bien dans le sud de la France, puisque le célèbre créateur
Avec César Baldaccini (1921-1998), on avance dans le temps mais on reste bel et bien dans le sud de la France, puisque le célèbre créateur des « compressions » est né à Marseille et a fait partie dans les années 1960 de cette école de Nice  qui verra se former le mouvement des nouveaux réalistes autour d’Yves Klein, Ben, Martial Raysse, ou encore Arman. Cette Poulette Cartier est née d’une anecdote : le directeur de Cartier et collectionneur Alain-Dominique Perrin, ami du sculpteur, le défia un jour de créer une œuvre à partir du briquet bien connu de la marque. Ce fut chose faite avec cette poulette. Prévoyez 6 000/7 000 € pour cette épreuve en bronze patiné (13 11,5 cm), datée 1985 et numérotée 41/200. 
© SBJ/Adagp, 2020
Agenda
Belle vente en perspective qui réunira des artistes modernes ayant eu un lien privilégié avec la Provence et le Sud en général (voir Gazette n° 28 page 78). Provenant de diverses collections – l'une parisienne et les autres méridionales –, l'ensemble sera de belle qualité comme le prouvera une toile peinte en 1941-1942 par Albert Marquet, Grue dans le port d'Alger, qui devrait déplacer 100 000/120 000 €. Pierre-Auguste Renoir sera quant à lui présent avec deux bronzes témoignant de la fin de sa carrière à Cagnes : un Buste de Pâris barbu, estimé 40 000/50 000 €, et une Jeune femme en buste, à 3 000/4 000 €. Le fauve André Derain proposera moyennant 40 000/45 000 € une Vue de Chatou et son compère Charles Camoin, contre 7 000/8 000 €, un Bouquet de fleurs. La conclusion sera laissée à Niki de Saint Phalle avec son Oiseau amoureux de 60 cm de hauteur en résine de polyester peinte et céramique de 2000, signé et numéroté 22/150, qui pourrait s'envoler à 25 000/30 000 €. 
dimanche 26 juillet 2020 - 14:30
Sanilhac-Sagriès - Château de Sanilhac, place du Château - 30700
Etude de Provence
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