Monumental Souverbie

Le 29 avril 2021, par Caroline Legrand

La modernité sera au rendez-vous à Brest, où, Bretagne oblige, les peintres de la région côtoieront quelques-uns des grands noms du siècle dernier.

Jean Souverbie (1891-1981), Nu debout à la cruche, 1927, huile sur toile, 102 76 cm.
Estimation : 80 000/100 000 


Aux côtés d’une œuvre de jeunesse à la facture très classique de James Ensor, Bateaux échoués (voir l'article Et aux débuts de James Ensor, furent la mer et sa lumière page 24), cette nymphe moderne se tient pensive devant une fontaine ; elle remplit une cruche d’un beau rouge sourd, une autre étant posée sur le muret derrière le modèle. Le blanc de l’eau répond à celui du voile qui souligne les courbes sensuelles de la jeune femme aux lèvres pleines, aux larges yeux noirs. Le paysage est tout juste esquissé. L’espace du tableau est tout occupé par les variations de beige et de rose du corps, debout dans l’eau esquissée à grands traits. Synthèse d’une certaine figuration et du cubisme, proche d’esprit des nus monumentaux de Picasso, celui-ci représente parfaitement l’art de Jean Souverbie, dont une monographie vient d’être publiée par son petit-fils. Enfant solitaire, de santé fragile, il développe un goût pour le dessin et pour les décors de théâtre. En 1908, il rencontre Maurice Denis ; Souverbie s’inscrit peu après à l’académie Julian, dans l’atelier de Jean-Paul Laurens, et en 1916 à l’académie Ranson, où il retrouve Denis et ses amis nabis. À partir de 1925, il expose dans des galeries parisiennes aux côtés des signatures majeures de l’époque, marquant sa préférence pour les grands formats. Reconnu en tant que peintre d’art monumental, il exécute de nombreuses fresques : expositions universelles de Bruxelles en 1935, de Paris en 1937 (décoration du palais de Chaillot) et de New York en 1939. Jean Souverbie s’éteint en 1981, laissant une œuvre abondante, épousant le renouveau du classicisme à la française. Philippe Lejeune écrit dans le catalogue de l’exposition « Souverbie » à Lyon, à la galerie Malaval en 1983 : « Le tableau est la seule personne, la seule valeur qui ordonne toutes les autres dans son œuvre. Il fait inlassablement le portrait ressemblant et précis d’une certaine harmonie. […] Il n’a pas cette défiance du réel qui contient, après tout, la vérité que l’on poursuit. Tout est sacrifié à la cohérence du discours, mais pour mieux exprimer ces objets dont on ne peut dire d’autre chose que ce qui a rapport à la forme colorée. »

Monfreid, ami fidèle de Gauguin

Le 29 avril 2021, par Caroline Legrand

Il était temps ! Grâce à l’apparition d’œuvres de qualité, le marché est en passe de réhabiliter enfin le peintre George-Daniel de Monfreid.

George-Daniel de Monfreid (1856-1929), Nature morte au bol et à la potiche chinoise, huile sur papier marouflé sur toile, 41 33 cm.
Estimation : 5 000/6 000 

En novembre 1887, Émile Schuffenecker présente Paul Gauguin à son camarade d’atelier, George-Daniel de Monfreid, qui est invité à participer, deux ans plus tard, à l’exposition Volpini — du nom du gérant du Café des arts situé juste en face de l’enceinte de l’Exposition universelle. L’aîné initie le jeune artiste au synthétisme, auquel il restera fidèle. À partir de 1891, Monfreid reçoit des lettres de son ami évoquant sa vie sous les Tropiques, son art, ses difficultés. Ils échangeront leurs sentiments personnels, leurs vues artistiques jusqu’au décès du maître. Né peut-être à New York en 1856, George-Daniel de Monfreid est le fils non de Caroline de Monfreid, mais de Marguerite Barrière, mariée à l’époque, comme l’indique un certificat de naissance délivré par le consul de France de la ville de la cote Est plus de vingt après. La famille est aisée ; l’oncle Reed – possiblement le père de George-Daniel – finance ses études. Durant son séjour à La Franqui, petite station balnéaire près de Leucate, dans l’Aude, le jeune homme tombe sous le charme d’Amélie, fille des propriétaires de l’hôtel, qu’il épouse. Il partage son temps entre Paris et le Sud-Est, La Franqui et sa maison de Corneilla-de-Conflent (Pyrénées-Orientales). Il peint ses amis artistes, des vues de la région et des natures mortes dans un style vigoureux et une gamme de couleurs franches. Il porte attention aux ornements, qu’il aime adjoindre à ses portraits, comme les tapis d’Orient aux teintes chaudes, les tentures et les céramiques. Les musées d’Alençon et de Narbonne consacrèrent, en 2003, une exposition au peintre, alors méconnu et encore trop souvent réduit aux rôles de père d’Henri de Monfreid et d’ami de Gauguin.

Agenda
Parmi les œuvres phares de cette vente brestoise, citons pour commencer un dessin au crayon noir recto verso de Paul Gauguin (1848-1903), Visage de face, Visage de profil, attendu autour de 25 000/30 000 €. On aura aussi découvert un sujet maritime de James Ensor (1860-1949), Bateaux échoués, estimé 60 000/80 000 € (voir Gazette n° 17, page 24). Ami de Gauguin comme de Georges-Daniel de Monfreid, présent avec une Nature morte au bol et à la potiche chinoise (5 000/6 000 € - Voir Gazette n° 17, page 94), Claude-Émile Schuffenecker (1851-1934) brosse dans un style encore impressionniste Falaise et bateau,Yport en 1886 (huile sur toile, 20 000/30 000 €). Les vue pontavenistes sont toujours recherchées et celle de Ferdinand Loyen du Puigaudeau (1864-1930), Manège à Pont-Aven, pastel, devrait le rappeler (4 000/6 000 €). L'œuvre a figuré dans l'exposition « Le Cercle de Gauguin en Bretagne » du musée de Pont-Aven en 1994. On conclura en compagnie de Jean Souverbie avec un Nu debout à la cruche de 1927 (80 000/100 000 €), une œuvre typique de son travail revisitant le classicisme (voir Gazette n° 17, page 97). 

 
samedi 08 mai 2021 - 14:00 - Live
Brest - Hôtel des ventes, 26, rue du Château - 29200
Thierry - Lannon & Associés
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