Un fixé sous verre cubiste de Louis Marcoussis

Le 08 octobre 2020, par Claire Papon

Louis Marcoussis a exécuté en 1926 ce fixé sous verre connu sous deux titres : Grappe de raisins ou Colombe poignardée.

Louis Marcoussis (1878-1941), La Grappe de raisins, 1926, fixé sous verre, 52,5 44,5 cm.
Estimation 30 000/50 000 €

Le 5 novembre 1937, à l’Hôtel Drouot, Me Bellier disperse les tableaux modernes – aquarelles, gouaches, dessins, gravures – composant la collection de l’Œil clair. Cent trente-deux œuvres de Matisse, Braque, Chagall, Derain, Vlaminck, Dubuffet, Gleizes, Utrillo, La Fresnaye, et notre fixé sous verre intitulé La Colombe poignardée. Vendu 800 F à la galerie Zak, rue de l’Abbaye, à Paris, le tableau passe ensuite dans la collection Michelin. Il est conservé jusqu’à ce jour dans la descendance. Gerszon Markous (né à Varsovie et arrivé à Paris en 1903) livre en 1912 sa première œuvre cubiste, une Nature morte au damier pour décorer le café de l’Ami Émile, place Ravignan, à Montmartre. Des papiers collés suivront. De 1919 à 1928, il se consacre aux fixés sous verre, pour lesquels il réalise au moins deux gouaches préparatoires, l’une répétant l’autre à l’envers. Il reproduisait sous le verre la gouache inversée afin que la composition apparaisse à l’endroit, puis habillait ses fixés de cadres de bois, le plus souvent ovales, dont il dessinait lui-même la forme. Vers 1925, Marcoussis commença à lâcher le vocabulaire cubiste pour s’intéresser au surréalisme, même si ses suites de coquillages, de natures mortes au pichet ou à l’oiseau mort, un thème inspiré de Picasso, prolongèrent son expérience. Créé en 1922 par des amateurs de peinture, sur le modèle de la Peau de l’ours, l’Œil clair élisait chaque année trois membres mandatés ayant carte blanche, ou presque, pour acheter des œuvres d’artistes modernes, aux ventes, en galerie ou directement dans leurs ateliers, jusqu’à l’épuisement du fonds de cotisations. Les toiles achetées étaient mises chaque année en loterie entre les membres, les gagnants ne devenant pas les propriétaires des œuvres mais seulement usufruitiers temporaires. Il était convenu qu’ils restitueraient ces prêts et que la collection serait mise en vente. L’expérience se poursuivit sept ans durant lesquels nos amateurs eurent… l’œil clair.

Agenda
La vacation du matin, soit 65 numéros, est réservée à l'orfèvrerie. L'après-midi, le lever de rideau revient à un bel ensemble d'estampes, anciennes et modernes (150 à 4 000 €), à lesquelles succèdent des dessins dont une Étude de femme tenant sa robe (peut-être Anne-Marguerite d'Argenon, nièce de l'auteur) aux trois crayons de Charles de La Fosse, estimée 6 000/8 000 €. Dans des genres très différents, une Allégorie de l'eau de l'atelier de Jan Bruegel le Jeune et le Portrait de la comtesse Henriette de Cernay dessinant par Guillaume Voiriot (1713-1799) pourraient trouver preneur entre 8 000 et 12 000 €. Les plus beaux scores sont attendus parmi les tableaux modernes : autour de 50 000/80 000 € pour une peinture à la colle d'Édouard Vuillard, Vue des Pavillons vers la mer, 1910 (voir Gazette n° 34, page 20) ayant appartenu à Louis Loucheur dont le portrait à la mine de plomb (vers 1928-1929), par Vuillard également, est estimé 4 000/6 000 €. Comptez 30 000/50 000 € pour un fixé sous verre de Louis Marcoussis de 1926, 50 000/60 000 € pour un panneau de Maurice Utrillo représentant l'un de ses sujets de prédilection, Le Moulin de la Galette, 35 000/50 000 € pour une Route bordée d'arbres signée Maurice de Vlaminck. Mela Muter enfin laisse une Vue de la Seine (vers 1925), animée d'un seul personnage mais occupée par de nombreuses péniches, la gamme de couleurs qu'elle affectionne étant présente – bleus, émeraudes, violets, blancs, gris et gris. Son estimation ? 20 000/30 000 €. Parmi les bronzes XIXe, les chasseurs pourront s'offrir, moyennant 150 à 500 €, des chiens dans différentes attitudes.
vendredi 16 octobre 2020 - 11:00,14:00 - Live
Salle 1 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
De Baecque et Associés
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