Éloge de la biodiversité

Le 20 mai 2020, par Caroline Legrand

Tout d’abord peintre d’histoire, Hendrik Schoock s’orienta vers la nature morte sur les conseils d’un certain Jan Davidsz de Heem… un choix judicieux !

Hendrik Schoock (1630-1707), Nature morte à la corbeille de fruits et fleurs sur un entablement, huile sur toile, 99,8 87 cm.
Estimation : 30 000/40 000 

Le maître néerlandais installé à Anvers n’a pas dû mettre bien longtemps à convaincre le jeune Hendrik Schoock. Ce dernier ne pouvait ignorer, comme nombre de ses collègues, la mode grandissante pour la nature morte dans les Pays-Bas à cette époque. Cette peinture, héritée d’une grande tradition nordique initiée notamment par Bruegel l’Ancien, a su gagner ses lettres de noblesse au XVIe siècle et devenir un genre à part entière, collectionné au même titre que les tableaux d’histoire par la bourgeoisie flamande. Avec ses nombreuses commandes – requérant une multitude d’espèces rares et exotiques de fleurs et de fruits, mais aussi de symboles faisant référence à la vanité de la vie –, cette dernière veut montrer sa richesse tant financière que culturelle. Ce tableau de Hendrik Schoock fait état des connaissances de plus en plus approfondies sur la faune et la flore à une époque où les encyclopédies se développent, mais aussi où les voyages à l’autre bout du monde permettent d’élargir les horizons des scientifiques et de rapporter des spécimens inconnus. En témoignent le maïs présent sur cette composition, nourriture de base des Amérindiens, le melon d’origine africaine – passé par l’Italie à la Renaissance, avant de se diffuser en Europe – ou encore la pivoine venue de Chine… Autant de spécimens exceptionnels destinés aux cabinets de curiosités et de sciences naturelles flamands, qui sont également prétextes à un jeu infini d’association d’idées qui plaisait beaucoup aux peintres de ces still leven, œuvres de «la vie tranquille». Ces objets ont ainsi un sens caché souvent lié à la religion, à l’image du raisin associé à la Passion du Christ ; la figue, présentée ouverte, qui serait née du sang de Dionysos, est aussis un symbole de fertilité. Voici une incroyable démonstration de la diversité de la nature, mais aussi un intéressant festin auquel s’apprêtent à se livrer deux charmants oiseaux. Ces chardonnerets aux très décoratifs plumages colorés offrent de plus une évocation musicale enchanteresse.

Agenda
La peinture ancienne sera en tête d'affiche grâce au maître d'Utrecht du XVIIe Hendrik Schoock, auteur d'une grande Nature morte à la corbeille de fruits et de fleurs sur un entablement (30 000/40 000 €), et à une suite de cinq toiles de l'école vénitienne du début du XVIIIe, provenant de la collection Charles de Beistegui et dépeignant L'Ordre de Saint-Étienne triomphant sur la flotte turque, des scènes inspirées d'un ouvrage de Fluvio Fontana paru en 1701 et illustré par Hubert Vincent (15 000/20 000 €). Meubles et objets d'art défileront ensuite et comprendront une commode Louis XV en vernis Martin agrémentée de paysages chinois en or se détachant sur fond noir, estampillée Pierre Roussel (10 000/15 000 €), et un bronze d'Édouard Guy Comte du Passage, montrant un Cheval et son lad, signé et daté 1872 (8 000/10 000 €). 
samedi 23 mai 2020 - 14:00
Alençon - 33, rue Demées - 61000
Orne Enchères
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