Eugène boudin, peintre de marines

Le 17 juin 2020, par Caroline Legrand

«Je dois tout à Boudin », disait Claude Monet. Sa vision de la nature, sa touche légère et dynamique, et surtout ses nuances atmosphériques firent du maître des ciels l’un des précurseurs de l’impressionnisme.

Eugène Boudin (1824-1898), Trouville le port, huile sur panneau signée, 35,5 27 cm.
Estimation : 45 000/65 000 

Dans les années 1870 et 1880, Eugène Boudin est l’un des rares Français à réaliser des marines inspirées de la peinture hollandaise, notamment des œuvres de Johan Barthold Jongkind, mais dans une manière toute personnelle. D’une touche rapide, il capte les reflets sur l’eau, le vent qui pousse les nuages, le mouvement dans les voiles des navires, trois-mâts d’antan ou bateaux à vapeur… Ses vues que son ami Charles Baudelaire appelait ses « beautés météorologiques » connaissent un beau succès auprès des marchands et de leur clientèle, au sein de laquelle on retient des noms prestigieux tels Feydeau et Tourgueniev. La Normandie occupe une place privilégiée dans l’œuvre du natif d’Honfleur. Boudin arpente toutes les côtes françaises à la recherche de nouveaux points de vue et motifs, mais il revient toujours à sa région natale. En témoigne cette vue du port de Trouville d’un rare format vertical et aux couleurs encore relativement contrastées, qui indiquent une forte influence de la peinture de marines traditionnelle. Son protagoniste n’est-il pas un beau et fier voilier ? Le peintre apprécie ces bateaux à l’ancienne qui seront bientôt remplacés par des modéles à vapeur. On peut aussi y voir le symbole d’une société en plein changement, mue par la révolution industrielle. Bientôt, arriveront également sur les plages normandes les estivantes de la première heure, portées par le développement des loisirs, que Boudin peindra volontiers avec leurs crinolines blanches virevoltant sur le sable clair. Le petit port de pêcheurs de Trouville se révèle ainsi en 1830 être la deuxième station balnéaire française, puis en 1862 la « reine des plages », avant la création de sa rivale voisine, Deauville. Mais pour l’heure, pour ce fils d’un capitaine d’équipage, rien ne vaut la beauté des mâts déchirant des ciels tourmentés.

samedi 27 juin 2020 - 14:30
Carcassonne - 30-32, avenue Franklin-Roosevelt - 11000
Carcassonne Enchères
La Gazette Drouot vous offre 4articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne