Orlik sur le quai Voltaire

Le 28 mai 2020, par Agathe Albi-Gervy

Si la Sécession de Vienne a forgé la carrière d’Emil Orlik, cet avant-gardiste autrichien n’a de cesse, tout au long de sa vie, de chercher de nouvelles sources d’inspiration dans les multiples voyages entrepris autour du globe.

Emil Orlik (1870-1932), An der Seine in Paris (Sur la Seine à Paris), 1910, huile sur toile, 53 48 cm.
Estimation : 40 000 

Emil Orlik a choisi de cadrer son attention sur un instant de vie. Les horizontales du fleuve, des stands de bouquinistes et du trottoir s’opposent avec vigueur aux verticales des passants et des arbres, tandis que l’ensemble est délicatement fondu dans une douce palette de taupe, parme et vert. Cette impression de Paris n’est pas celle d’un touriste de passage, mais bien celle d’un amoureux de la Ville lumière : entre 1898 et 1913, Emil Orlik y séjourne à sept reprises. Il entretient des contacts étroits avec le cercle fermé des avant-gardes, et en particulier le sculpteur Auguste Rodin, la collectionneuse américaine Gertrude Stein, le critique d’art et galeriste allemand Julius Meier-Graefe et le marchand et collectionneur Wilhelm Uhde. Un terreau des plus fertiles qui lui offre l’occasion de s’inspirer des œuvres de Paul Cézanne, Kees Van Dongen et Henri Matisse – auquel il achète des tableaux pour sa collection personnelle. D’après sa correspondance et la date d’une gravure de sa main, on sait qu’entre avril et septembre 1910, Emil Orlik est à Paris et séjourne principalement dans un hôtel, quai Voltaire. Le 28 septembre, il écrit : « Exactement en sortant de l’hôtel, par un merveilleux matin d’automne parisien (nous avons des jours merveilleux ici) […] j’écris avec un stylo plume sur un grand boulevard […] Je suis plein d’art : plein de projets. Je vais très bien et mon âme est joyeuse. » Le cachet au dos de la toile fait référence au magasin de fournitures d’art Sennelier Frères, installé quai Voltaire depuis 1887 – une adresse incontournable pour tout amateur d’art et professionnel ayant fourni leurs couleurs à Cézanne, Bonnard ou Picasso. S’il se nourrit de ses séjours parisiens, c’est tout autour du globe que l’Autrichien, infatigable voyageur et cosmopolite convaincu, puise les éléments de culture qui forgent sa technique. Ainsi, à l’aube du XXe siècle, il se rend au Japon pour apprendre la gravure sur bois et devient, à son retour, l’un des plus grands graveurs et illustrateurs de la Sécession viennoise.

jeudi 04 juin 2020 - 17:30
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Galerie Bassenge
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