Roxane Debuisson, à la recherche du Paris disparu

Le 14 mars 2019, par Claire Papon et Anne Foster
Créée en 1902, la société Nord-Sud a construit et exploité trois lignes de métro jusqu’en 1931, avant d’être absorbée par la Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris (CMP), elle-même devenue, après sa nationalisation en 1948, la Ratp. En août 1974, Roxane Debuisson apprend par un ami du musée des Transports parisiens que les anciennes voitures rouges et vertes de la ligne 12 vont être broyées sur un chantier de démolition à Pantin. Elle s’y précipite et sauve de la destruction une dizaine de banquettes, plaques de parois de voitures, appliques lumineuses, un panneau d’information et ce siège de voiture de première classe garni de moleskine des années 1920 (98 47 44 cm). Son estimation ? 200/220 €.

Le hasard fait parfois bien les choses… Un jour qu’elle se promène rue de Birague, dans le Marais, Roxane Debuisson (voir Gazette n° 9, page 27) manque de recevoir sur la tête la boule de fer doré  modèle traditionnel d’enseigne des coiffeurs français  que son propriétaire s’apprête à remplacer par un néon. Elle s’en inquiète, l’acquiert et se précipite à la caserne de la Garde républicaine, boulevard Henri IV, où elle achète une queue de cheval  le crin rappelant le cheveu, la sphère évoquant la barbe rasée de près. Ainsi commence sa collection. «Ce n’est pas une volonté, mais un accident de la vie, une nécessité vitale de sauver ce patrimoine en ce début des années  1960 où l’on rase des hôtels particuliers XVIIIe», raconte sa fille, Florence Quignard-Debuisson. Amoureuse de la capitale où elle est née, Roxane Debuisson a acheté en 1957 l’ouvrage du peintre et architecte Théodore Hoffbauer, Paris à travers les âges, qu’elle a déniché chez un libraire. Trois mille volumes, cinquante mille cartes postales, soixante-dix mille factures de commerces parisiens, de 1800 à 1940, suivront… L’ensemble a été vendu il y a quelques années, mais à de rares exceptions près, elle ne s’est jamais séparée de sa collection d’enseignes et de mobilier urbain. Inlassablement, elle sillonne Paris et récupère des bottes de fer rouge chez les cordonniers, une main gantée en fer doré, deux grands escargots chez un marchand rue de la Cossonnerie, un chapeau de cocher de fiacre rue Saint-Martin, un binocle en cuivre chez un opticien, deux silhouettes de bougnats en tôle peinte provenant d’un commerce de vins de la rive gauche. En janvier 1969, un gigantesque éléphant paré, la panse abritant une horloge, en zinc et tôle peints (vers 1840) trouve ainsi domicile dans son appartement du 19, boulevard Henri IV. Le sauvetage continue avec des plaques de rues en pierre gravée d’époque Louis XV, d’autres du second Empire, en lave de Volvic émaillée, des réverbères, des chaises et un corset d’arbre du jardin des Tuileries. Sans oublier des tableaux dont ce Marmiton aux écrevisses, place de l’Étoile, cadeau de grands chefs, maîtres d’hôtel et sommeliers à Roxane Debuisson, en 1994, lors de la remise officielle de la «Personnalité de l’année dans le monde de la gastronomie».
 

Installée au 48 de la rue Jacob, dans le VIe arrondissement, la librairie Alain Brieux  qui a repris celle d’un certain Janvier, sise depuis 1883  est
Installée au 48 de la rue Jacob, dans le VIe arrondissement, la librairie Alain Brieux  qui a repris celle d’un certain Janvier, sise depuis 1883  est une adresse incontournable pour les collectionneurs de documents, autographes et manuscrits anciens, instruments scientifiques et médicaux. Roxane Debuisson est une fidèle du lieu. C’est donc tout naturellement que son propriétaire, connaissant l’intérêt qu’elle porte aux enseignes, l’appelle quand il décide de décrocher celle de sa librairie. Nous sommes en février 1987. 120/150 € sont demandés de cette belle pièce en métal peint et fer forgé de la fin du XIXe siècle, dans le style Directoire (131 74 cm).


 

Créée en 1902, la société Nord-Sud a construit et exploité trois lignes de métro jusqu’en 1931, avant d’être absorbée par la Compagnie du chemin de fe
Créée en 1902, la société Nord-Sud a construit et exploité trois lignes de métro jusqu’en 1931, avant d’être absorbée par la Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris (CMP), elle-même devenue, après sa nationalisation en 1948, la Ratp. En août 1974, Roxane Debuisson apprend par un ami du musée des Transports parisiens que les anciennes voitures rouges et vertes de la ligne 12 vont être broyées sur un chantier de démolition à Pantin. Elle s’y précipite et sauve de la destruction une dizaine de banquettes, plaques de parois de voitures, appliques lumineuses, un panneau d’information et ce siège de voiture de première classe garni de moleskine des années 1920 (98 47 44 cm). Son estimation ? 200/220 €.






 

 
C’est grâce à Claude Mauriac, écrivain et fils du prix Nobel de littérature, reconnaissant le personnage de son enfance dans l’appartement du boulevar
C’est grâce à Claude Mauriac, écrivain et fils du prix Nobel de littérature, reconnaissant le personnage de son enfance dans l’appartement du boulevard Henri IV, que Roxane Debuisson apprend que cette enseigne ornait une boutique de jouets, avenue Victor-Hugo, dans les années 1920. Notre collectionneuse fera l’acquisition de ce bouffon de la commedia dell’arte en mars 1967, après que son ami Robert Doisneau la lui eut signalée. Cette grande figure (162 109 cm) en fer peint, d’époque second Empire, devrait trouver preneur autour de 500/600 €.
 
600/650 € seront nécessaires pour repartir avec ce potelet d’arrêt d’autobus en fonte et tôle des années 1930 (260 x 58,5 x 43,5 cm), acquis auprès de
600/650 € seront nécessaires pour repartir avec ce potelet d’arrêt d’autobus en fonte et tôle des années 1930 (260 58,5 43,5 cm), acquis auprès de la Ratp en décembre 1971 et installé, comme nombre des objets de sa collection, dans l’appartement de Roxane Debuisson, boulevard Henri IV à Paris. Elle aimait la rue, le mobilier urbain, les boutiques, et surtout ce Paris dont elle a voulu «empêcher la destruction, voire le départ à l’étranger». Conserver une trace de sa ville natale et de ce qui en faisait la vie quotidienne. Le Paris de son enfance…

 
Agenda
Si Roxane Debuisson, disparue en juillet dernier, vouait une passion à la gastronomie, elle fut une amoureuse de Paris et de son patrimoine populaire. Dans les années 1960, celui-ci est en pleine mutation. Elle commence à collecter des enseignes que les commerçants s'apprêtent à décrocher, puis ce seront des plaques de rues en pierre gravée et en lave émaillée, du mobilier urbain, dont celui de la Ratp, récupéré sur des chantiers. Près de 200 objets et tableaux, mis en vente par ses enfants, quittent aujourd'hui son appartement du boulevard Henri IV. Ils sont estimés entre 100 et 1 500 € mais pourraient susciter bien des convoitises. La vacation du lendemain, IXe édition de Paris mon amour, est emmenée par une grande toile d'Aymar Alexandre Pezant des années 1880, représentant Le Marché aux bestiaux de La Villette, pour laquelle 30 000/32 000 € sont demandés. Elle précède un buste de la statue de la Liberté en fer et laiton de l'Exposition universelle de 1878 (400/500 €), un modèle réduit en bois découpé de la tour Eiffel exposé en 1889 (800/1 000 €), des affiches de films et de spectacles des Folies-Bergère, de la vaisselle de la compagnie des wagons-lits, des bancs, des strapontins et même des portes de wagons de la Ratp, du mobilier et des plafonds de restaurants et de commerces. La fin de l'après-midi revient à des sièges d'Armand-Albert Rateau pour le théâtre Daunou (2 000 à 5 000 €) et à une suite de luminaires de la brasserie Le Dôme (200/300 €).
lundi 18 mars 2019 - 14:00 - Live
Salle 5-6 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Lucien Paris
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