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Un portrait inédit de Camille Borghèse par François-Joseph Kinson

Le 25 novembre 2021, par Claire Papon

Conservé dans la descendance de la famille Ramolino, un portrait de François-Joseph Kinson met en scène en habit militaire, Camille Borghèse, époux de Pauline et beau-frère de Napoléon.

Un portrait inédit de Camille Borghèse par François-Joseph Kinson
François-Joseph Kinson (1770-1839), Le Prince Camille Borghèse, duc de Guastalla, en uniforme de général de division, portant la Toison d’or et les insignes de grand-croix de la Légion d’honneur et de la Couronne de Fer, huile sur toile, 193 130,5 cm (détail).
Estimation : 100 000/150 000 Adjugé : 134 400 €

La boucle est bouclée… Ce grand portrait est l’un des très rares de la famille impériale encore en mains privées et constitue la pièce manquante d’un triptyque. Une représentation en pied de Pauline Bonaparte, par François-Joseph Kinson, est conservée à la villa Borghèse à Rome. Comme notre tableau, représentant son mari Camille Borghèse, il fut présenté au Salon de 1808. Deuxième élément de l’ensemble, un portrait du couple appartient au Museumslandschaft Hessen, à Kassel (Allemagne). Les deux époux sont représentés dans un intérieur à l’antique, elle assise dans la même pose et la même robe que sur le tableau de la galerie Borghèse, lui debout à ses côtés, dans un uniforme identique à celui porté sur le tableau présenté à Drouot prochainement. Détail qui a son importance, le tableau de Kassel n’est pas terminé, comme en témoigne l’absence de broderies sur les manches de sa veste, de motifs sur le canapé, d’éléments de décor aux murs. Il n’est pas daté, mais pourrait avoir été exécuté vers 1810. À l’époque, le couple connaît déjà des vicissitudes… Né à Rome dans une famille noble, illustre et riche, Borghèse (1775-1832) est parmi les premiers à s’enthousiasmer pour les idées libérales nées de la Révolution française, même si certains pensent qu’il s’agit surtout de sauver un patrimoine sévèrement entamé lors de l’entrée des Français en Italie mais encore considérable… En 1803, il se rend à Paris et rencontre le Premier consul Bonaparte, qui voit en lui le mari idéal pour sa sœur Pauline, jolie veuve du général Charles-Emmanuel Leclerc, décédé de la fièvre à Saint-Domingue. Immortalisée par le ciseau du sculpteur Antonio Canova, elle est l’une des plus belles femmes de son temps, qui trompe ses maris comme ses amants. Camille est nommé prince français en 1804, prince et duc de Guastalla deux ans plus tard. En 1808, l’Empereur le fait grand dignitaire et gouverneur général des départements du Piémont, de Gênes et de Parme. Après l’abdication de Napoléon en 1814, il remet les deux premiers aux alliés, rompt ses relations avec les Bonaparte et se sépare de son épouse. C’est dans ses bras toutefois que Pauline meurt en 1825, à Florence. François-Joseph Kinson représente Camille Borghèse sur fond de campagne italienne – romaine –, la main droite sur son ceinturon de velours brodé de feuilles de chêne, à boucle à l’Aigle impériale, la main gauche sur son sabre «à la Marengo», d’inspiration orientale. Ce beau morceau de peinture pourrait intéresser les musées français mais également étrangers. Alors que le Louvre conserve 344 pièces antiques appartenant à la famille Borghèse, acquises par Napoléon en 1807, la Frick Collection de New York annonçait le 5 décembre 2017 l’acquisition d’un portrait en pied de Camille, en tenue civile, par le Baron Gérard. Bien que le gouvernement italien ait révoqué la licence d’exportation, arguant du fait qu’il ignorait l’identité du modèle lors de la vente, le tableau n’a pas quitté l’institution américaine. Notre tableau est son pendant en militaire et constitue une belle représentation de celui dont Pauline disait qu’il avait «une tête d’Adonis, mais… vide». Qui aime bien, châtie bien ?

Précision chirurgicale

Le 30 novembre 2021, par Claire Papon

Les appareils sophistiqués des dentistes sont gages des meilleurs soins… Et certains des plus anciens sont recherchés de nos jours.

Précision chirurgicale
Pierre-François Grangeret (en collaboration avec Biennais et Genu), coffret dit «nécessaire à dents», du roi Louis XVIII, en acajou incrusté d’argent garni de velours comprenant boîtes en cristal taillé, instruments en acier poli à manches de nacre, étui rond, canif, brosse à dents en or, aux armes de France, poids total 290,7 g, époque Empire-Restauration.
Estimation : 30 000/50 000 

Les collectionneurs auront le choix entre cinq coffrets d’instruments de soins dentaires issus de la collection d’un praticien des environs de Paris, et ayant figuré pour certains à l’exposition «L’Art dentaire, croyances, soins, préventions» (Rouen, 2006). Un titre qui en dit long… Le plus précieux est un modèle en acajou incrusté d’argent, aux armes de Louis XVIII (voir photo). Muni de son gainage d’origine, complet de ses accessoires dont les rugines à détartrer, il est l’œuvre de l’orfèvre et coutelier Pierre-François Grangeret. Cet homme de l’art atteint le sommet de la célébrité quand il devient le coutelier attitré de Napoléon Ier, son talent lui valant d’avoir ensuite les faveurs de Louis XVIII et de Charles X. Notre boîte d’instruments à dents aurait été conçue et commandée par Jean-Joseph Dubois-Foucou (1747-1830), chirurgien-dentiste attitré des têtes couronnées de Louis XVI à Charles X. Comptez ensuite 20 000/30 000 € pour un ensemble provenant d’un «nécessaire de bouche» ayant appartenu à l’impératrice Marie-Louise, 6 000/8 000 € d’un autre, en forme de livre cette fois, recouvert de maroquin à la marque du docteur Oudet – dentiste de Louis-Philippe – comprenant de nombreux instruments en acier poli à manches d’ébène ou d’ivoire. 8 000/12 000 € enfin sont demandés d’un coffret de Grangeret vers 1830-1840, complet de tous ses éléments encastrés au millimètre près pour qu’aucun ne se perde au cours des transports.

Picasso ingresque et des élégantes par Van Dongen

Le 30 novembre 2021, par Claire Papon

Un portrait de Picasso au trait ingresque, des œuvres de Magritte, des élégantes par Van Dongen et Domergue, une composition de Seund Ja Rhee, des coffrets dentaires et une représentation de Camille Borghèse… cette vente ne craint pas les grands écarts.

 Picasso ingresque et des élégantes par Van Dongen
Pablo Picasso (1884-1973), Portrait de la comtesse Édith de Beaumont, janvier 1921, crayon sur papier, daté 1944, 34 24 cm.
Estimation : 100 000/150 000 

© Succession Picasso, 2021
 

Sa vie durant, Picasso a gardé en mémoire l’exemple d’Ingres. «C’est en se rendant familières les inventions des autres qu’on apprend dans l’art, à s’inventer soi-même», telle est la leçon du second au premier. Le peintre espagnol l’a suivi, interprété, copié parfois, à l’image de ce Portrait de la comtesse Édith de Beaumont. Exécuté en janvier 1921, à une époque où Picasso a renoué avec la figuration – notamment grâce aux décors et aux costumes qu’il dessine pour les Ballets russes –, ce dessin est daté du 1er avril 1944 quand il l’offre à son modèle. Édith de Beaumont (1877-1952) et son mari furent d’importants mécènes de l’avant-garde du début du XXe siècle. Membres fondateurs de la Section d’ambulances aux Armées, il sont, après la Première Guerre mondiale, à l’initiative de bals costumés auxquels Picasso et son épouse Olga se rendaient régulièrement. Le visible et l’invisible : toute l’œuvre de René Magritte tourne autour de ces deux notions. Ainsi dans une clairière, près d’un arbre qui gît abattu, la partie du tronc demeurée en terre, telle une patte d’ours, a saisi l’outil du meurtre, la cognée du bûcheron, et ne la rendra pas. Justice est faite… Le dessin au crayon gras (26 x 34 cm), daté 1963, et intitulé Les Travaux d’Alexandre, a appartenu à Harry Torczyner, avocat, critique d’art, collectionneur d’art moderne et ami du peintre (30 000/50 000 €). Une même estimation, 40 000/60 000 €, réunit deux portraits d’élégantes de Kees Van Dongen (lavis et aquarelle, vers 1940, 58 x 47 cm) et de Jean-Gabriel Domergue (La Loge, vers 1950, 73 x 60 cm) et une composition (60 x 30 cm) – abstraite – de 1962 de l’artiste coréenne Seund Ja Rhee. La vacation offre entre autres un nécessaire aux armes de Louis XVIII, un coffret de Biennais, ou des instruments pour les soins dentaires du XIXe (voir page 62), sans oublier, par François Joseph Kinson, le portrait de Camille Borghèse, époux de Pauline et beau-frère de Napoléon, en habit militaire (voir Gazette n°42, page 30). Impérial !

Agenda

Quelques belles batailles d'enchères dont deux à hauteur de 100 000/150 000 € sont prévues dans cette salle : l'une pour un portrait de Camille Borghèse par François Joseph Kinson (voir Gazette n° 42, page 30), l'autre pour celui de la comtesse Étienne de Beaumont par Pablo Picasso. D'autres dessins et tableaux modernes (Foujita, Domergue, Seund Ja Rhee, Van Dongen, Magritte), du mobilier XXe et un ensemble de coffrets dentaires d'époque Empire-Restauration les accompagnent.

tableaux, mobilier et objets d'art, tableaux modernes
mardi 07 décembre 2021 - 14:30 (CET) - Live
Salle 6 - Hôtel Drouot - 75009
Tessier & Sarrou et Associés
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