Les fleurs buissonnières de Foujita

Le 16 juin 2021, par Claire Papon

Conservé dans la même famille depuis son achat à la galerie Pétridès en 1956, ce bouquet d’anémones témoigne de la proximité avec la nature de Léonard Tsuguharu Foujita.

Léonard Tsuguharu Foujita (1886-1968), Bouquet de fleurs dans un vase en étain, huile sur toile, 33,5 24,5 cm.
Estimation : 80 000/100 000 €, Adjugé : 291 840 €

Comme ses portraits de jeunes femmes, de fillettes ou de chats, les tableaux de fleurs de Foujita sont reconnaissables entre tous. Souci du détail, disposition soignée des végétaux, le naturel n’est qu’apparent et le bouquet bien plus composé que ce que l’artiste laisse voir. Fasciné par les natures mortes des peintres flamands du XVIIe siècle, à commencer par celles d’Ambrosius Bosschaert le Vieux (1573-1621) dont les bouquets sont peints symétriquement et avec une précision scientifique, Foujita n’en est pas moins influencé par des artistes comme Pierre Joseph Redouté, «le Raphaël des fleurs» dont les représentations de roses ont fait la célébrité, ou Giovanna Garzoni (1600-1670), dont les œuvres mêlant fleurs, fruits, insectes et oiseaux lui valurent une importante clientèle issue des grandes familles florentines, à commencer par les Médicis. Tout aussi raffinés sont les bouquets de celui qui dessine dès 6 ans les plantes et les insectes observés dans le jardin familial à Tokyo. Il découvre Montparnasse en 1913, où il est adopté par le Tout-Paris de la bohème littéraire et artistique, et choisit comme nom de baptême dans la cathédrale de Reims en 1959, le prénom de Léonard, en hommage à de Vinci. Il achète une petite maison dans le village de Villiers-le-Bâcle dans l’Essonne, et compose des bouquets champêtres de fleurs. Celui-ci a toutefois été réalisé dans son atelier rue Campagne-Première à Montparnasse, l’artiste prenant pour modèles des anémones dans un pot en étain que l’on retrouve à plusieurs reprises. Boutons, fleurs épanouies, tiges, feuillages sont arrangés à la façon de l’ikebana, cet art floral nippon plusieurs fois centenaire ou «art de faire vivre les fleurs». Quand le naturel cache un arrangement minutieux axé sur trois symboles : le ciel, la terre et l’humanité… Contrairement à l’anémone, fleur fragile et éphémère, Foujita est l’un des artistes du XXe siècle dont les œuvres sont toujours accueillies avec enthousiasme, notamment par les Asiatiques. Voilà qui présage une issue heureuse pour celle-ci…

Agenda
Outre un Bouquet de fleurs dans un vase en étain de Tsuguharu Foujita de 1956, les plus belles batailles batailles d'enchères pourraient accueillir une gouache non titrée de 1959 de Martin Barré ayant appartenu au docteur Martineau, ami et collectionneur historique de l'artiste (25 000/35 000 €), une tempera sur carton de Lado Davidovitch Goudiashvili (1896-1980), Dîner champêtre caucasien conservé dans son cadre d'origine à motifs de pampres et illustrant la période parisienne de ce peintre natif de Tiflis (30 000/50 000 €), et un guéridon néoclassique (vers 1820) attribué au talentieux et créatif Francesco Sibilio. Son plateau est orné d'une mosaïque figurant un cerf poursuivi par un chien dans un entourage de tesselles de verres antiques et de 84 échantillons de marbres et pierres dures. Il est estimé 30 000/40 000 €. Disposant de 20 000/30 000 €, on pourra hésiter entre une étude de jeune femme à la pierre noire, l'estompe et la craie blanche de Pierre-Paul Prudhon (voir Gazette n° 23, page 8) et un Portrait de Barbaroussa, sur sa toile et son châssis d'origine, par Claude Vignon.
mardi 22 juin 2021 - 14:00 - Live
Salle 6 - Hôtel Drouot - 9, rue Drouot - 75009
Tessier & Sarrou et Associés
La Gazette Drouot vous offre 4articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne