Du Middle West à Paris avec Angarola

Le 29 octobre 2020, par Claire Papon

Quatre toiles d’Anthony Angarola permettent de mieux connaître – et de s’offrir – le travail épuré de cet artiste américain décédé à 36 ans.

Anthony Angarola (1893-1929), Café des chauffeurs, 1929, huile sur toile, 81 100 cm.
Estimation : 8 000/10 000 

À de rares exceptions près, c’est dans des collections ou dans des musées outre-Atlantique qu’il faut se rendre pour voir des œuvres d’Anthony Angarola. Shady Rest, 1920, From a Milwaukee Window, 1926, Kansas City Hills, 1928 et Café des chauffeurs, 1929 (voir photo) ont été acquis directement auprès de l’Aca Galleries le 3 août 1989 par un collectionneur français. Ils font aujourd’hui partie de sa succession. Ils sont modestement estimés entre 8 000 et 12 000 €. Le marché reste difficile à cerner de cet artiste qui partagea sa vie entre son propre travail et l’enseignement dans des écoles d’art du Middle West, de 1921 à 1928. Ce fils d’immigrés italiens n’a que 15 ans quand il entre à l’Art Institute de la ville de Chicago, – où il est né –, encouragé par sa famille. Remarqué dans les années 1920, il obtient de nombreux prix, dont en 1928 la bourse du Guggenheim. Il émet alors le désir d’étudier l’art italien et notamment Giotto, et part découvrir Florence, Venise, Capri, mais aussi Vienne, Budapest, la Provence et Paris. C’est là qu’il réalise Le Café des chauffeurs. Sur place, il s’était engagé à réaliser une peinture murale pour Beatrice Harrisson, fille d’un ancien gouverneur des Philippines pour sa maison de Rambouillet. En rentrant à Paris, il percute un camion et est grièvement blessé. De retour aux États-Unis peu après, avec ses estampes et cinquante-quatre toiles, il est retrouvé mort sur sa chaise dans un hôtel de Rush Street à Chicago. «Activité, mouvement, vie – passé et présent –, c’est ce que j’ai essayé d’exprimer», expliquait-il. Une belle découverte…

Figures de la modernité

Le 29 octobre 2020, par Claire Papon

Dufy, Laurencin, Braque, Kotchar, Slewinski… Les grands noms de l’art moderne en côtoient d’autres plus confidentiels sous le marteau.

Raoul Dufy (1877-1953), Voiliers dans le port de Deauville, huile sur toile, vers 1935, 60 73 cm.
Estimation : 100 000/150 000 €

C’est Raoul Dufy qui mènera les amateurs en bateau. Natif du Havre, il pose son chevalet vers 1935, presque en voisin, ou du moins en habitué, et livre ces Voiliers dans le port de Deauville. Cette toile d’un beau format et d’une grande modernité, dont on n’a pu tracer le parcours mais provenant d’une succession du 16e arrondissement, est estimée 100 000/150 000 €. Modestement paraît-il… «Le poisson me fait longuement penser à ce mélange d’extrême violence et de sérénité pourtant qui est vôtre. Je l’ai près de moi, je ne m’en sépare guère», écrit l’écrivain, critique, éditeur et directeur de la NRF, Jean Paulhan à Georges Braque. Exécuté en 1942, Le Poisson noir figurera l’année suivante au Salon d’automne, puis en 1974 au Grand Palais à l’exposition «Jean Paulhan à travers ses peintres». Il a été conservé par descendance successive de Germaine Paulhan, seconde épouse de l’homme de lettres, et est attendu 60 000/80 000 €. Un portrait de celle-ci et un de Jean Paulhan, réalisés en 1946 par Marie Laurencin, affichent la même provenance (12 000/15 000 € chacun). Inutile de chercher longtemps pour s’apercevoir que les tableaux d’Ervand Kotchar (1899-1979) sont rarissimes sur le marché. Réalisée en 1922, au moment où l’artiste quitte Tiflis et obtient un visa pour l’étranger, la toile Transmutation (103 54 cm) fera le voyage avec lui, des rives du Bosphore à Venise, puis à Paris, où il restera quinze ans. Elle sera l’une des deux œuvres sélectionnées par lui pour l’exposition du Salon des indépendants en 1924. Un musée à Erevan consacre ses peintures et ses sculptures. 60 000/80 000 € seront à engager pour cette œuvre cubiste. Superbe de sobriété et d’une palette délicate, une Nature morte au bol de fruits et au petit pot de fleurs (vers 1904), signée Wladyslaw Slewinski (35 000/40 000 €) complète cette sélection, de même qu’un Paysage de Banyuls, 1894 de Louis Valtat inondé de soleil (40 000/60 000 €).

Agenda
VENTE MAINTENUE À HUIS CLOS. Plusieurs moments forts ponctueront cette vacation, à commencer par la bataille d'enchères à 100 000/150 000 € prévue sur une toile de Raoul Dufy, Voiliers dans le port de Deauville, à 60 000/80 000 € sur une toile cubiste d'Ervand Kotchar, Transmutation, 1922. Direction le sud avec Louis Valtat dont un Paysage à Banyuls baigné de lumière, passé par la galerie Ambroise Vollard, est attendu entre 40 000 et 60 000 €, tout comme une vue du Château de Saint-Bernard de 1930, signée Suzanne Valadon ou encore une toile de 1950 d'Oscar Dominguez, Strollers in the City. 6 000/8 000 € sont avancés d'une esquisse au fusain (non signée) de Lucien Simon pour son tableau, Le Départ de saint Galonnec, présenté au Salon de 1891, 12 000/15 000 € d'un paysage aux Environs de Douarnenez de Maxime Maufra (vers 1897), 25 000/30 000 € d'une toile d'Armand Guillaumin, Voilier (vers 1898) ayant appartenu à un certain Alphonse Portier, marchand de couleurs rue Notre-Dame-de-Lorette à Paris. Estimées (chacune) entre 8 000 et 12 000 €, quatre toiles de l'Américain Anthony Angarola (1893-1929) pourraient être disputées au-delà de leur estimation, tant les œuvres de l'artiste sont rares sur le marché.
vendredi 06 novembre 2020 - 14:00 - Live
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